Figurines & modélisme

Guillaume Ponce

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Fondus à l’huile

Nous y voilà enfin ! Les fondus à l’huile sont véritablement ma technique de prédilection pour réaliser les effets d’ombrage et d’éclaircissement qui font habituellement tout le sel de la peinture de figurines. C’est même précisément pour arriver à cette étape que l’on fait tout le reste (apprêt, couches de base …).

Les fondus à l’huile sont idéaux pour réaliser des dégradés sur des bandes de peinture allant de 1 mm à 1 cm ; ce qui correspond à l’immense majorité des dégradés qu’aura besoin de réaliser un peintre de figurines miniatures aux diverses échelles disponibles sur le marché. Au delà du centimètre, limite correspondant à la taille des pinceaux utilisés pour réaliser les fondus, il faudra soit décomposer un fondus en plusieurs fondus successifs juxtaposés, soit préférer la technique du fondu à l’aérographe avec des peintures alkydes.

Les techniques de fondus à l’huile exposées ci-dessous sont à mettre en œuvre par dessus des couches de base uniformes. Les peintures à l’huile sont en effet généralement trop transparentes pour attaquer les fondus (dans le frais) directement sur une couche d’apprêt blanche ou grise.

Certains peintres effectuent ces couches de base avec des peintures acryliques. Pour ma part, je les réalise en général avec des peintures alkydes ou parfois avec des peintures époxys.

Dans le sec

Un fondu dans le sec met en œuvre une seule teinte à l’huile par dessus une couche de base qui doit, bien évidemment, être sèche ; d’où l’appellation de la technique.

  1. A l’aide d’un pinceau à la pointe correctement formée, on vient déposer sur la figurine une bande de peinture là où l’on souhaite ombrer ou éclaircir. Pour ombrer, on choisira bien évidemment une teinte plus sombre que la couleur de la couche de base ; et pour éclaircir une couleur plus claire.

    Pour cette étape, j’utilise souvent un pinceau Raphaël 8400, également utilisé par JFP. J’aime également les pinceaux Winsor & Newton de la gamme Coteman, moins onéreux.

  2. Ensuite, à l’aide d’un pinceau n’ayant, au contraire, absolument pas une pointe bien formée, on vient tapoter la bande de peinture déposée sur son ou ses bords que l’on souhaite fondre. L’écartement des poils du pinceau va répartir, à une échelle microscopique, la peinture le long le leur course sur la surface de la figurine, ce qui va produire l’effet de fondu.

    Certains peintres recyclent pour cette étape leurs vieux pinceaux dont les pointes ce sont détériorées, ce qui est une approche astucieusement économique. Mais il existe également des pinceaux « langue de chat » spécialement prévus à cet effet, comme ceux de la gamme Raphaël 8722 que j’utilise, également recommandés par JFP.

    Et voilà.

De la taille du pinceau utilisé pour tapoter dépendra l’étendue du fondu. En cela, les pinceaux « langue de chat » sont intéressants car ils sont disponibles en diverses tailles.

Au delà d’un simple tapotage perpendiculaire à la surface de la figurine, avec l’expérience, on peut se laisser aller à quelques variations. On peut tapoter :

A chaque peintre de développer son toucher personnel avec l’expérience, ce sont là des choses qui se ressentent mieux qu’elles ne s’expliquent.

Dans le frais

Le fondu dans le frais fait, quant à lui, intervenir deux teintes à l’huile distinctes. Il va s’agir de mélanger à même la figurine ces deux teintes alors qu’elles sont encore fraîches ; d’où l’appellation de la technique.

  1. A l’aide de pinceau à la pointe correctement formée, exactement comme pour la première étape du fondu dans le sec, on va déposer côte à côte deux bandes de peinture à l’huile, chacune dans une des deux teintes choisies. Idéalement, ces deux bandes de peinture devrait entrer en contact sur leur bordure commune sans que l’une empiète sur l’autre (ou en tous cas pas trop).

    Alternativement, certains peintres peignent une surface dans l’une des deux teintes, puis vienne superposer la seconde teinte sur une surface plus restreinte à l’intérieur de la première surface. Cela fonctionne également et nécessite des gestes moins précis. Mais c’est un peu moins propre et laissera au final une couche plus épaisse de peinture. A nouveau, à chaque peintre de procéder selon sa sensibilité personnelle.

  2. Ensuite, à l’aide d’un pinceau de même nature que pour la seconde étape du fondu dans le sec, on vient tapoter la bordure sur laquelle les deux teintes se rejoignent. L’écartement des poils du pinceau va alors mélanger les deux teintes, progressivement et à une échelle microscopique, le long de leur course sur la surface de la figurine, ce qui va produire l’effet de fondu.

    La taille du pinceau utilisé sera, là aussi, déterminante pour l’étendue du fondu.

    Et voilà.

Là encore, il est possible d’enrichir le geste de tapotage :

Le commentaire sur le développement d’une sensibilité personnelle avec l’expérience est encore plus vrai pour le fondu dans le frais que pour le fondu dans le sec.

Quand utiliser l’une ou l’autre de ces techniques de fondus ?

Le fondu dans le sec est plus simple à mettre en œuvre que le fondu dans le frais. C’est pourquoi je l’ai exposé en premier dans le présent article. Mais c’est le fondu dans le frais que j’ai appris en premier, quand il m’a été enseigné par des peintres de figurines de collection.

D’après ce que j’ai pu voir chez ces peintres et sur des vidéos en ligne d’autres peintres à l’huile, le fondu dans le frais est le plus utilisé par cette population. Ils vont, typiquement :

  1. Effectuer un ou plusieurs fondus dans le frais comme fondus principaux.

  2. Les laisser sécher pour ensuite éventuellement venir les intensifier, sur les bords extérieurs de la zone fondue, par des fondus dans le sec avec des teintes plus sombres.

Par exemple, pour la réalisation d’une teinte chair, il s’agira d’effectuer des fondus dans le frais dont la couleur la plus sombre s’apparentera à un brun rouge comme la terre de Sienne brûlée. Une fois ces fondus secs, les parties les plus sombres de la carnation pourront recevoir un fondu dans le sec d’un brun beaucoup plus sombre, comme de la terre d’ombre brûlée.

Pour ma part, j’utilise beaucoup plus souvent de simples fondus dans le sec. Il faut dire, cependant, que je peins essentiellement des figurines de jeu plutôt que des figurines de collection. Il existe dans ce domaine une notion de qualité « tabletop » qui ne vise pas systématiquement le même prestige que les figurines de collection destinées à trôner dans des vitrines de présentation. Je me fais cependant fort de produire des figurines dont la qualité de peinture va au delà de ce que la plupart des figurinistes de jeu désignent par « tabletop ».

En fait, j’aurai plutôt tendance à utiliser des fondus dans le sec pour réaliser des effets d’ombrage et d’éclaircissement ; pour réserver les fondus dans le frais à la représentation de couleurs qui seraient véritablement fondues dans la réalité (comme, par exemple, dans le plumage d’un perroquet). Comme la plupart des fondus que les figurinistes ont à réaliser relèvent de l’ombrage et de l’éclaircissement, cela donne, mathématiquement, une prépondérance certaine du fondu dans le sec.

Mais il ne s’agit pas là d’une règle gravée dans le marbre. Un autre aspect que je prendrai en compte est le fait que la couleur de base que j’ai utilisée corresponde plus ou moins bien à la couleur que je souhaite au final sur la partie considérée de la figurine.

Je parviens en général à trouver une couleur de base, soit dans mes peintures alkydes, soit dans mes peintures époxys, qui me satisfera. Mais si tel n’est pas le cas, je peux me contenter d’une couleur de base approximative qui sera ensuite corrigée et recouverte par des fondus à l’huile dans le frais.

Il demeure que 90% des fondus à l’huile que je réalise sont de simples fondus dans le sec.

Copyright © 2015-2018 Guillaume Ponce
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