Les peintures

Qu’est-ce qu’une peinture ? La question peut paraître triviale, mais il y a en fait bien plus à en dire qu’un simple « c’est ce truc dont on barbouille nos figurines pour mettre de la couleur ».

Composition et caractérisation des peintures

Une peinture se compose de deux éléments essentiels :

  1. Un pigment (ou un mélange de plusieurs pigments) qui lui conférera sa teinte.

  2. Un liant (parfois aussi appelé « véhicule ») qui est une substance en principe (plus ou moins) liquide, ou au moins visqueuse, au départ et qui va se solidifier par un procédé de séchage ou de siccativation. Le liant est l’agent chimique chargé de faire adhérer le pigment au support.

D’autres éléments, moins essentiels dans la définition même de ce qu’est une peinture, peuvent intégrer sa composition :

  • Un ou plusieurs diluants (ou « solvants ») peuvent être utilisés pour rendre la peinture plus liquide, pourvu qu’ils soient compatibles avec le liant utilisé.

  • Une charge, composée par exemple de talc ou de craie, peut être utilisée pour augmenter à moindre coût la couvrance de la peinture.

    Dans le principe, elle pourrait s’apparenter à un pigment, si ce n’est qu’elle n’a pas pour propriété d’enrichir la teinte de la peinture, bien au contraire. La substance utilisée pour une charge est généralement blanche ou grise, raison pour laquelle on l’appelle parfois « charge de gris ».

    Son intérêt pour le fabriquant est essentiellement de coûter considérablement moins cher que les pigments. Elle permet donc d’augmenter la couvrance à moindre frais. Si les fabriquants aiment bien mettre en avant la richesse en pigments de leurs peintures (quand c’est effectivement le cas), on les entend rarement se vanter au sujet des charges qu’ils emploient.

  • Enfin, certains adjuvants peuvent modifier certaines propriétés d’une peinture. Il pourra s’agir de retardateurs ou d’accélérateurs de séchage, de produits conférant un certain degré de résistance à la chaleur, à certains produits chimiques (comme l’essence ou les liquides de freins utilisés dans l’industrie automobile ou le radiomodélisme) ou encore, par exemple, de fongicides destiner à empêcher le développement de champignons.

Si le pigment est essentiel dans la mesure où il traduit la finalité même de la peinture (apporter de la couleur), c’est le liant qui est l’élément qui va le plus caractériser la peinture. Sauf particularité chimique exceptionnelle, un même pigment peut en principe être associé avec n’importe quel liant pour constituer une peinture. C’est donc en principe d’après le liant utilisé que l’on va nommer le « type » de la peinture.

Par exemple, une « peinture acrylique » est une peinture dont le liant est une résine acrylique. De même, une « peinture à l’huile » est une peinture dont le liant est une huile siccative, comme l’huile de lin ou l’huile de carthame.

On notera que le rôle du liant est plus ou moins similaire à celui d’une colle. Le rôle du liant est en effet de coller le pigment au support.

C’est la raison pour laquelle on retrouve certaines appelations communes entre les types de peintures et les types de colles. Ainsi il existe par exemple des peintures epoxy et des colles epoxy, tout comme il existe des peintures acryliques et des colles acryliques.

Types usuels de peintures et propriétés conférées par les liants

Les types usuels de peintures correspondent donc aux différents liants susceptibles de véhiculer des pigments. Alors que le pigment apporte à la peinture ses propriétés chromatiques, ce sont des liants que vont découler quasiments toutes les autres propriétés de la peinture, notamment ses propriétés physiques et plastiques et ses compatibilités chimiques avec certains diluants plutôt que d’autres.

Parmi les peintures les plus susceptibles d’être utilisées en modélisme, par ordre décroissant de popularité, on trouve :

Les peintures acryliques

Les liants de ces peintures sont des résines acryliques. Notez l’emploi du pluriel, car le terme acrylique désigne toute une famille de résines chimiques artificielles dont il existe de nombreuses variantes et formulations.

Les premières de ces résines ont été mises au point au Mexique dans les années 1950. Mais c’est en 1963 que les premières peintures acryliques pour artistes diluables à l’eau ont été commercialisées par la marque Liquitex. Elles ont alors été popularisées par des peintres comme Andy Warhol.

Le fait qu’il en existe des variétés diluables à l’eau et que les résines elles-mêmes soient considérées comme non toxiques (ce qui n’enlève en revanche rien à l’éventuelle toxicité des pigments utilisés conjointement) les a finalement rendues populaires dans le domaine du modélisme. En particulier, ces caractéristiques les rendent plus facilement et plus sûrement employable par un public d’enfants.

Mais certaines mauvaises langues, dont je fais partie, avanceront que ce sont bien là leurs seules qualités.

En outre, ces peintures sèchent relativement vite, avec des temps qui se mesure en minutes ou au plus en heures pour un séchage à cœur, ce qui pourra être un avantage ou un inconvénient selon les types de techniques que l’on voudra utiliser.

Les peintures enamel

Les peintures enamel constituent une vilaine exception au principe qui voudrait que l’on nomme un type de peinture à partir du liant utilisé. Il n’existe en effet pas de liant « enamel ».

Le terme « enamel » signifie « émail » en anglais et fait référence non pas à un quelconque liant mais au type de rendu pour lequel elles ont été originellement appréciées. Elles ont en effet notamment beaucoup été utilisées par l’industrie automobile à partir du milieu des années 1920, domaine dans le lequel on appréciait la brillance « comme de l’émail » qu’elles conféraient aux carrosseries.

Sur ce site, je me garde d’utiliser le terme « peinture émail » ou peinture « émaillée » pour deux raisons principales :

  • La première est que si les premières peintures enamel étaient systématiquement brillantes – d’où leur nom – il existe aujourd’hui des variétés qui sont au contraire remarquablement mates. Et il se trouve que cette mateté est un point que j’apprécie tout particulièrement dans leur emploi en couche maigre.

    De par l’usage que je fais de ces peintures, je serai sur ce site continuellement amené à évoquer des références mates, bien plus souvent que des références brillantes. Les qualifier de « peinture émail » ne saurait en conséquence qu’amener de la confusion chez le lecteur.

  • Le terme « peinture émail » ou « peinture émaillée », s’il existe bel et bien, n’est cependant pas très usité (peut être parce que les peintures désignées ne le sont elles-mêmes plus tant que ça du fait du terrain qu’elles ont cédé en popularité aux peintures acryliques).

    Sur les pots du principal fournisseur en Europe de ces peintures dans le domaine du modélisme, Humbrol, la mention qui apparaît est « enamel ». L’utilisation rigoureuse de ce terme aidera donc à s’y retrouver mes éventuels lecteurs qui ne connaitraient pas ce type de peintures et qui se seront laissés convaincre de les essayer.

Le fait qu’elles aient été abondamment utilisées par l’industrie automobile leur a également assuré une place de choix chez les modélistes (dès les années 1930). Quoi de mieux en effet pour peindre la réplique miniature d’une automobile qu’une peinture similaire à celle qui est utilisée pour l’originale ? Depuis, leur place autrefois dominante leur a été largement contestée par les peintures acryliques pour les raisons que l’on sait.

Les liants traditionnellement utilisés pour ce type de peintures étaient généralement des résines alkydes (aussi appelées glycérophtaliques). Mais il semblerait que cela ait changé dans le domaines des peintures dédiées au modélisme, du fait de réglementations plus strictes en matière de protection de l’environnement et de composition des produits susceptibles d’être utilisés par un jeune public.

Tous les fidèles utilisateurs de la marque ont en effet constaté un changement manifeste de formulation des peintures Humbrol dans les années 2000. Ce changement concomittant avec une délocalisation de la production en Chine et des problèmes de qualité sur certains lots produits en ont fait beaucoup parler (à la petite échelle des utilisateurs de ces peintures). Aujourd’hui encore, les traces de ces conversations indignées demeurent sur certains forum.

Aujourd’hui la production a été relocalisée au Royaume Uni et la qualité est revenue à un bon niveau, ce qui établie que tout ce qui a pu être reproché n’était pas nécessairement du à la reformulation chimique. On m’a indiqué que le liant aujourd’utilisé serait une résine poly-uréthane, mais je n’ai pas pu en avoir confirmation par des sources croisées.

Quelles que soient leurs générations, les peintures enamel ont conservé des propriétés communes en comparaison notamment des acryliques qui les ont supplantées :

  • La première chose qui est généralement remarquée est qu’elle mettent beaucoup plus de temps à sécher, avec des temps qui se mesurent en heures ou même en dizaines d’heures pour un séchage à cœur.

  • La seconde chose remarquée est qu’elles ne se diluent pas à l’eau mais avec des diluants hydrocarbures comme le white spirit, l’essence F ou l’essence de térébenthine. Cette étiquette de « peinture qui pue » aura sans doute joué un grand rôle dans la perte de leur position autrefois dominante, au profit des peintures acryliques diluables à l’eau.

  • Mais un autre point manifeste, qui leur conserve un noyau de fidèles utilisateurs, est qu’elles sont autrement plus résistantes aux chocs et autres contraintes mécaniques. S’il fallait s’en convaincre, on notera que si les acryliques n’ont jamais connu les faveurs de l’industrie automobile, c’est probablement pour une raison …

Les peintures à l’huile

Ces peintures utilisent comme liants des huiles siccatives, c’est à dire des huiles qui ont la propriété de se polymériser par oxydation et donc de durcir au contact de l’air et en présence de chaleur. L’huile siccative la plus traditionnellement utilisée est l’huile de lin. Mais on peut aussi rencontrer l’huile de carthame, l’huile d’œillette ou l’huile de noix1.

Ces peintures ont derrière elles une longue et prestigieuse tradition, puisqu’elles sont apparues à la fin du moyen âge pour continuer à être utilisées et appréciées jusqu’à aujourd’hui. Ce prestige est rehaussé par son emploi par des grands maîtres historiques, comme Léonard De Vinci, Rembrandt, Van Gogh ou encore Picasso (et tant d’autres), ayant produits des chefs d’œuvre mondialement connus comme La Joconde ou Guernica.

Si elles sont reines parmi les peintures pour artistes, elles sont plus rarement utilisées dans le domaine du modélisme. Elles se sont cependant fait une niche de fervents utilisateurs parmi les peintres de figurines historiques et de collection. La qualité du travail effectué par ces peintres aura de quoi faire des émules chez d’autres types de modélistes, et c’est d’ailleur en partie dans une telle démarche que le présent site a vu le jour.

Les peintures à l’huile sont à la fois très appréciées par certains et complètement boudées par d’autres pour une seule et même raison : leur temps de « séchage ». En fait, le terme de « séchage », qui désigne normalement l’évaporation du diluant qui maintient la peinture à l’état liquide, est ici impropre. Le terme à utiliser est plutôt « siccativation », qui désigne la polymérisation du liant évoquée plus haut.

Ce temps de siccativation peut durer des jours, des mois, des années … avant d’être accompli « à cœur ». Ceci est moins vrai pour les figurines, qui reçoivent de petites couches fines de peinture, que pour les toiles qui en reçoivent parfois des « croûtes » épaisses (ce qui est notamment le cas pour les toiles peintes au couteau).

Le fait que la peinture reste fraîche pendant au moins plusieurs heures fait que le peintre a tout le temps nécessaire à l’emploi de techniques basées sur le mélange des teintes à même le support à peindre. Ceci ouvre des perspectives que nul autre type de peinture ne permet.

Une fois le travail terminé, la siccativation peut être considérablement accélérée par un passage au four à une température pouvant aller de 60°C à 90°C (en fonction de ce qu’est capable supporter le matériau constituant la pièce peinte).

Après siccativation, la peinture à l’huile est dotée d’une résistance appréciable.

Les peintures cellulosiques

Ces peintures emploient des liants à base d’éthers de cellulose.

Ces peintures ont connu un certain succès dans le domaine de l’industrie automobile, avant d’y être progressivement supplantées par les peintures enamel.

Ces peintures sont relativement rares en occident dans le domaine du modélisme, en dehors de peintures spécialisées dans les rendus métallisés et considérées comme étant destinées à un public relativement averti (notamment les peintures de la marque britannique Alclad). Mais elles semblent avoir trouvé un marché plus porteur auprès des modélistes japonais.

Ces peintures figurent parmi les plus toxiques que l’on puisse trouver en dehors d’une usine chinoise ou d’une cabine de peinture automobile. C’est la principale raison de leur rareté dans des pays aux législations protectrices pour la santé et l’environnement.

Elles ont la réputation d’une très grande résistance, peut être plus encore que les peintures enamel. Cette réputation est mitigée par le fait que cette résistance, pour ce qui concerne les peintures cellulosiques pures, s’accompagne d’une grande rigidité du film constitué. Cette rigidité fait que si la peinture est peut être plus difficile à arracher de son support, elle tend cependant à l’être par plus grosses écailles quand cela se produit malgré tout.

Pour cette raison, les peintures cellulosiques aujourd’hui formulées sont en fait souvent des acryliques cellulosiques. Ce sont des peintures cellulosiques incorporant une part de résines acryliques destinées à les assouplir. C’est apparemment le cas pour les peintures de la gamme Mr Color de la marque japonaise Gunze Sangyo, probablement le plus gros fournisseur au monde de ce type de peintures dans le domaine du modélisme.

Sur du plastique, ces peintures sont suffisamment agressives pour fusionner avec les couches supercielles du matériau, ce qui augmente évidemment beaucoup leur adhérence au point qu’elles deviennent impossibles à complétement décaper sans tailler dans la masse. Avec une maîtrise correcte, cette agression ne concerne que les premiers microns d’épaisseur du plastique ; pas de quoi ruiner la gravure d’une figurine ou d’une maquette. Mais on évitera d’utiliser la technique du trempage, qui présente de toute façon peu d’intérêt.

Ces peintures se diluent avec des diluants cellulosiques. Ce sont des diluants plutôt agressifs et toxiques et qui feraient passer les peintures enamel et leurs diluants hydrocarbures pour des parfums printaniers.

Pour finir, signalons un domaine dans lequel ces peintures sont remarquables : celui de la finesse du film laissé quand on les applique à l’aérographe. Dans le monde anglo-saxon, on mesure les petites épaisseurs avec des valeurs exprimées en mils, un mil valant un millième de pouce soit 25,4 microns.

Le film typiquement laissé par le passage d’un aérographe est d’approximativement 3 mils (soit environ 75 microns) quand il s’agit de peintures acryliques ou enamel, alors qu’il n’est que d’environ 0,5 mil (soit à peu près 12 microns) quand il s’agit de peintures cellulosiques pures. Pour des peintures acryliques cellulosiques, cela se situe probablement quelque part entre ces deux valeurs.

Là où on peut passer une couche de peinture acrylique ou enamel, on peut donc en passer jusqu’à six de peinture cellulosique avant d’atteindre la même épaisseur. Les details de gravure en seront d’autant mieux préservés.

En revanche, les éventuels défauts de textures de la pièce à peindre sont eu aussi parfaitement « préservés », alors que des peintures un peu plus épaisses peuvent (dans une certaine mesure) jouer un rôle d’égalisation. L’emploie de peintures cellulosiques impose donc une attention encore plus prononcée à porter à la préparation de la figurine ou de la maquette. Aucune ligne de moulage, aucun coup de cutter ou de lime malheureux ne sera masqué et les utilisateurs les plus assidus de ces peintures sont en général également assez bien équipés en papiers de verre de diverses finesses de grain.

D’autres types de peintures sont d’un usage contemporain courant dans d’autres domaines que le modélisme :

Les peintures epoxy

Ces peintures utilisent pour liants des résines epoxy.

Ces résines se présentent souvent sous la forme de deux composantes à mélanger, une résine et un durcisseur. Une fois le mélange effectué, on dispose d’un temps limité pour l’appliquer.

Cette contrainte les condamne certainement à ne jamais connaître de popularité significative auprès des modélistes. A cela s’ajoute le fait que le diluant qui leur est le plus adapté est l’acétone, dont l’odeur n’est pas la plus populaire qui soit.

Ces peintures, une fois durcies, offre une excellente résistance. Ce sont peut être même les peintures les plus résistantes au monde, au point qu’elles sont utilisées dans les milieux industriels pour peindre des sols ainsi que les coques des bateaux, entre autres exemples.

Les peintures alkydes ou glycérophtaliques

Ces peintures, les fameuses « glycéro » utilisées notamment dans le bâtiment, utilisent comme leur nom l’indique des résines alkydes comme liants. Ces résines sont aussi appelées glycérophtaliques.

Ce sont également les résines qui étaient traditionnellement utilisées dans les peintures enamel de l’industrie automobile et du modélisme avant qu’on les reformule à cause de leur toxicité. Les phtalates figurent en effet en bonne place dans la liste des composants chimiques bannis par l’union européenne.

Les peintures uréthanes

Les peintures uréthanes sont des peintures basées sur des résines unéthanes particulièrement utilisées dans le monde du custom automobile.

House of Kolor est une marque qui s’est taillé une certaine renommée dans ce domaine avec ce type de peintures.

Elles s’appliquent exclusivement à l’aérographe et au pistolet à peinture, de préférence dans une cabine et avec des équipements de protection et des masques respiratoires filtrants. En matière de toxicité, ces peintures le disputent en effet aux peintures cellulosiques.

J’ignore ce qu’il en est exactement de leur résistance, mais du fait de leur emploi sur des carrosseries, on peut la supposer bonne. D’un autre côté, les peintres de voitures custom font grand cas, plus que dans tout autre domaine, de l’application de vernis intermédiaires et finaux, aussi bien pour ce qui concerne les rendus brillants recherchés que la résistance final du travail effectué. Tout est-il dans le vernis ?

La gouache

Le liant de la gouache est la gomme arabique.

Ce liant présente l’inconvénient très connu pour ce type de peintures de rester soluble à l’eau même après séchage. Cette fâcheuse propriété le disqualifie donc pour tout travail sérieux de modélisme.

Par ailleurs, même sans faire intervenir d’eau, sa résistance mécanique est tout sauf fabuleuse. Elle est même considérablement pire que celle des peintures acryliques.

L’aquarelle

Cette peinture utilise pour liant de l’eau gommée, un liquide transparent à base d’eau distillée et de gomme arabique.

Ceci la rend voisine de la gouache, en plus fine et plus délicate.

Outre l’inconvénient déjà mentionné de ne pas résister à l’eau, cette peinture présente la particularité d’être très peu couvrante. Ceci fait que l’éventail des techniques picturales qu’elle autorise lui est assez spécifique (et c’est précisément ce qui en fait un art subtil et apprécié).

Citons enfin, pour la référence historique, la tempera. Il s’agit d’une peinture utilisée par les artistes jusqu’à la fin du moyen âge et le développement de la peinture à l’huile. Elle pouvait utiliser comme liant différents type de graisses, souvent du jaune d’œuf. Cela ne lui conférait pas une résistance formidable, d’où le succès de la peinture à l’huile quand elle est apparue, et qui est encore utilisée aujourd’hui alors que ce n’est pas le cas de la tempera2.

Pigmentation

Les pigments présents dans les peintures sont au départ des poudres solides.

De la nature des pigments utilisés et de leur concentration dépendront la couvrance et l’intensité de la peinture (le caractère saturé de sa coloration). En effets, certains pigments sont plus couvrants que d’autres et certains présentent des tons plus vifs que d’autres.

Il existe une norme internationale de codification des pigments les plus usuels. Cette normalisation concerne aussi bien les pigments naturels utilisés depuis la nuit des temps que des pigments artificiels plus récents.

Sur les tubes de peintures pour artistes (qu’il s’agissent de peintures à l’huile ou de peintures acryliques) commercialisés par les marques sérieuses figurent les codes internationaux des pigments incorporés. Cette information peut se révéler interessante quand, avec la pratique ou après s’être documenté, on est parvenu à établir les combinaisons qui fonctionnent le mieux pour les résultats que l’on souhaite obtenir et reproduire (notamment lors d’un travail de restauration).

Malheureusement cette pratique est totalement absente des us et coutumes des marques de peintures de modélisme. De ce fait, on ne sait jamais ce qu’on achète réellement quand on se fournit dans ces gammes.

Aux limites de la définition de peinture

Les encres et les candies

Il a précédemment été mentionné que les pigments constituant les peintures se présentaient originellement sous forme de poudres solides. En tant que tels, ils confèrent immanquablement un certain degré de couvrance. Même quand celle-ci n’est que partielle, elle n’est jamais nulle. Autrement dit, l’utilisation de pigments interdit d’avoir des peintures complètement transparentes.

Pourtant, la transparence est une qualité appréciée dans certains domaines. C’est par exemple tout particulièrement le cas quand il s’agit de teinter des carrosseries chromées. Si on devait colorer une peinture chrome en lui ajoutant des pigments, on réduirait d’autant la concentration de paillettes métalliques par centimètres cubes de peinture et donc l’éclat du résultat.

C’est là qu’interviennent les teintures qui, contrairement aux pigments solides et opaques, se présentent sous forme liquide et transparente. On peut mélanger ces teintures avec les mêmes liants que ceux que l’on utilise pour les pigments.

Le produits que l’on obtient peut alors avoir différentes appellations suivant les domaines d’application.

Dans le domaine des beaux arts, on aura tendance à les appeler des encres. On trouve ainsi, par exemple, des « encres acryliques ». Mais il existe également des « encres » qui sont constituées de pigments et de diluants (comme par exemple un mélange de poudre de graphite et d’eau).

Dans le domaine de la peinture automobile, on appelera plutôt ces produits des « candies » (« candy » au singulier). Ce terme désigne en anglais les glaçages transparents au sucre comme on en trouve sur les pommes d’amour vendues dans les fêtes foraines. On obtient en effet des rendus visuellement voisins de tels glaçages quand on applique ces peintures transparentes.

Il existe ainsi des candies cellulosiques, enamel ou encore uréthanes suivant les liants utilisés.

Dans le domaine du modélisme, il existe également des vernis acryliques teintés qui pourraient faire office de « candies acryliques ». Ceux de la gamme Tamiya sont assez appréciés.

Les peintures en poudre

Les dernières « peintures » innovantes utilisées dans le domaine de l’automobile échappent quelques peu à la définition traditionnelle faisant intervenir un liant liquide, ou au moins visqueux, à température ambiante. Dans ces nouvelles peintures, le liant est lui aussi une poudre solide mélangée au pigment.

Ce mélange est ensuite pulvérisé sur les pièces à peindre à l’aide d’un pistolet électrostatique. De ce fait, il n’est possible d’utiliser ce procédé que sur des pièces métalliques.

La pièce ainsi badigeonnée est ensuite portée à la température de fusion du liant en poudre. Le liquide chauffé ainsi obtenu en surface de la pièce correspond alors à la définition usuelle d’une peinture, sauf que cela se passe à haute température. A cette température, le liant se polymérise et « emprisonne » définitivement le pigment associé.

On laisse ensuite refroidir la pièce pour que le tout ce resolidifie.

Se procédé permet d’une part de totalement se passer de diluant et d’autre part d’utiliser des liants autrement plus résistants que ceux imposés par la contrainte d’un état liquide ou visqueux à température ambiante.

Compte tenu de sa haute technicité et de l’équipement nécessaire, ce procédé n’est pas près de se tailler une place significative dans le domaine du modélisme.

Les diluants

En tant que tel, le diluant n’est pas un composant rigoureusement essentiel de la peinture. Il ne devient utile que quand le liant n’est à lui seul pas suffisamment liquide pour les techniques envisagées par le peintre.

Nombreux sont les modélistes qui pensent qu’un type de peinture donné impose l’utilisation d’un unique diluant. Mais différents diluants peuvent généralement être utilisés avec une même peinture, du moment qu’ils sont chimiquement compatibles avec le liant qu’elle incorpore.

Ainsi les acryliques peuvent être diluées avec autre chose que de l’eau. En général, les alcools (éthylique, isopropylique) fonctionnent bien ainsi que les solutions d’ammoniac.

Certaines acryliques, dites solvantées, ne se diluent même pas bien du tout à l’eau. C’est par exemple une caratéristique notoire des acryliques Tamiya. En l’occurence, ces acryliques se diluent généralement soit à l’alcool isopropylique (le fameux diluant X20-A de la marque), soit au diluant cellulosique (également commercialisé par Tamiya dans des bidons à bouchons jaunes pour les distinguer du X20-A).

Les peintures enamel et les peintures à l’huile sont toutes deux diluables avec différents types d’essences. De la plus sèche à la plus grasse, on pourra notamment utiliser de l’essence F, du white spirit ou de l’essence de térébenthine.

Elles peuvent également éventuellement se diluer au diluant cellulosique. En fait, ce diluant particulièrement agressif est capable de diluer pas mal de choses, y compris (évidemment) les peintures cellulosiques. 

Exploitation de ces informations

Le présent article figure dans la rubrique « Culture du modélisme » de ce site. En tant que tel, son objectif premier est de simplement satisfaire la curiosité et la soif de connaissance du passionné.

Mais il y a, comme toujours, quelques enseignements pratiques qui peuvent être tirés de ces informations.

Citons par exemple les problèmes de surdilution entrainant la fragilité, voire même la fracturation de la peinture sur la palette même. Ils deviennent plus facile à s’expliquer quand on a compris le rôle essentiel du liant et sa différence avec le diluant. Cette connaissance permet également de comprendre l’utilité des médiums à peindre, qui incorporent du liant justement pour éviter ces problèmes.

Citons également les problèmes de mélanges qui semblent vouloir tendre vers le gris quand on mélange certaines couleurs alors même qu’aucune d’entre elles n’est grise. Ils deviennent plus facile à s’expliquer une fois que l’on sait que certaines marques font un emploi conséquent de charges destinées à augmenter la couvrance de leurs peintures. Ainsi, si on mélange différentes peintures qui incorporent d’importantes charges de gris, celle-ci vont avoir tendance à s’accumuler et pourront finir par complétement submerger chacun des pigments présents dans le mélange.

Il y a finalement donc toujours un intérêt pratique à disposer d’un savoir fondamental.


  1. Les amateurs de nutrition auront remarqué que ce sont là des huiles riches en acides gras poly-insaturés. Ce n’est pas un hasard dans la mesure où c’est précisément en l’oxydation des insaturations de ces acides que consiste la siccativation. Ces acides gras, figurant pour certains en bonne place dans la liste de ceux qualifiés d’essentiels, ont un temps été promus comme une sorte de panacée en matière de nutrition. Depuis, certaines recherches scientifiques sont venu contredire ces affirmations. Le fait que ces huiles aient des propriétés siccactives pourrait alimenter une réflexion allant dans ce sens …

  2. Il se trouvera probablement quelqu’un pour contredire cette affirmation et citer au moins un peintre contemporain utilisant de la tempera. Disons que l’utilisation qui pourrait en être faite aujourd’hui ne doit rien à ses qualités intrinsèques. Elle sera utilisée soit pour restaurer des œuvres historiquement elles-même en tempera, soit par des originaux ou des expérimentateurs qui auront décidé d’utiliser de la tempera pour utiliser de la tempera. Cette utilisation devient dans ce cas une fin en soi et non plus un moyen utilisé sur la base de ses mérites propres.

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