Apprêts

Cet article n’est pour l’heure qu’une ébauche. J’ai dors et déjà comparé un certain nombre de produits, mais d’une façon un peu trop informelle pour être correctement exploitée ici.

Je dois donc prochainement conduire des tests complémentaires, plus poussés et plus formels dont je livrerai les résultats dans une version plus travaillée de cet article. Mais un certain nombre des produits à tester se présentent sous la forme de bombes aérosols dont l’utilisation imposent certaines contraintes de température et d’humidité et que je n’utiliserai pas en intérieur chez moi pour des raisons de nocivité des produits vaporisés. Tout ceci devra donc attendre une période plus estivale sous mes latitudes françaises.

Les qualités essentielles que je recherche dans un apprêt sont :

Sa finesse

Rien ne servirait d’investir dans des figurines aux détails finement gravés si c’était pour les transformer en bibendum avec une épaisse couche d’apprêt.

Le conditionnement de l’apprêt et son mode d’application induit peuvent avoir une certaine influence sur cet aspect. Une bombe aérosol offre par exemple un contrôle moindre qu’un aérographe. Et il existe également des bombes aérosols de diverses qualités, avec des gaz propulseurs différents et sous des pressions différentes.

Son accroche au matériau

L’apprêt sert d’interface entre le matériau et la peinture et il est destiné à augmenter l’accroche de cette dernière. Il convient donc qu’il accroche lui-même correctement au matériau.

Rien ne servirait en effet que la peinture accroche parfaitement à l’apprêt si lui-même se décroche du matériau.

La surface qu’il présente pour la peinture

Une fois acquise l’accroche de l’apprêt au matériau, il faut aussi que la peinture accroche à l’apprêt.

Différents apprêts peuvent présenter différentes granularités et rugosités de surfaces. Ce qui se traduit entre autres choses par un aspect plus ou moins mat. Certains apprêts offre un rendu parfaitement mat, d’autres tendent vers le satiné.

Une certaine rugosité améliore l’accroche de la peinture. Sur un apprêt parfaitement lisse (qui aurait un rendu brillant), la peinture aurait tendance à glisser.

Mais une trop grande rugositité nuirait à la finesse. Certains apprêts donne une texture granuleuse qui perdurera après la peinture (à moins qu’on l’applique comme un sagouin en couches trop épaisses) qui ne conviendra pas, par exemple, à la peau d’une princesse elfique.

Le bon apprêt doit donc apporter une juste mesure dans ce domaine.

Sa couleur

Un bon apprêt doit présenter une couleur écran, c’est à dire une couleur qui va réfléchir une partie appréciable du spectre lumineux visible par l’œil humain.

La raison en est que différentes longueurs d’ondes de lumière vont être capables de pénétrer plus ou moins profondément dans les matériaux avant d’être réfléchies. C’est comme cela que fonctionne l’imagerie médicale à rayons X, en utilisant des longueurs d’ondes se situant hors du spectre visible et capables de pénétrer plus profondémment dans la matière. Pour la lumière, c’est la même chose à des échelles de pénétrations plus petites mais néanmoins sensibles.

Une partie de la lumière arrivant sur une figurine peinte va pénétrer les couches de peintures et parvenir jusqu’à l’apprêt. Si cette apprêt présente une bonne couleur écran, alors il réfléchira une plus grande partie de cette lumière qui retraversera les couches de peinture dans l’autre sens jusqu’à parvenir jusqu’à l’œil.

Plus cette quantité de lumière renvoyée sera importante, plus les couleurs auront de l’éclat. Au contraire, moins cette quantité de lumière renvoyée sera importante, plus les couleurs seront ternes1.

De bonnes couleurs écran sont le blanc (un blanc parfait renvérait toute la lumière qu’il recevrait) et les gris assez clairs. La pire couleur écran que l’on puisse imaginer est le noir (un noir parfait absorberait toute la lumière qu’il recevrait).

C’est la raison pour laquelle je suis toujours mystifié de voir nombre de peintres de figurines, y compris dans mon entourage proche, utiliser quasiment exclusivement des sous-couches noires.

En ce qui me concerne, une sous-couche doit donc généralement être blanche ou d’un gris plutôt clair. Les sous-couches colorées peuvent avoir une utilité dans des cas très particuliers et le noir n’est lui-même qu’un cas particulier parmi ces cas particuliers.

Pour les impatients, en attendant mes prochains tests, voici une liste de références que je considère comme étant d’une qualité que je qualifierais d’au moins « assez bonne » :

  • Les produits de la gamme Mr Surfacer de la marque Gunze Sangyo, en finesse 1000 ou 1200. Il s’agit d’apprêts cellulosiques, nécessitant donc un diluant adapté (Mr Levelling Thinner) et quelques précautions d’emploi du fait de sa toxicité.

    Il s’agit de l’apprêt que j’utilise désormais quasi-exclusivement. Je l’applique avec un aérographe simple action muni d’une buse de 0,5 mm.

    Je préfère généralement la déclinaison 1000 à la déclinaison 1200. Cette dernière est plus fine mais (et c’en est sans doute une conséquence) produit une surface moins mate que le 1000, donc moins accrochante pour la peinture.

    J’utiliserais probablement le 1200 sur un sujet d’une extrême finesse de gravure. Mais pour les figurines de jeu, le 1000 est en général largement assez fin. Appliqué à l’aérographe, il est toujours plus fin que ce que l’on obtient en utilisant des bombes aérosols.

  • L’apprêt en bombe Tamiya (Super Fine gris ou blanc), que l’on trouve dans les boutiques de modélisme.

  • L’apprêt en bombe Motip, que l’on trouve dans les boutiques de fournitures pour automobiles (style Feu Vert ou Norauto en France).

    Cet apprêt existe en blanc, en gris, en noir et en divers coloris (notamment en rouge Bordeau). Je préfère évidemment le blanc ou le gris, mais les autres coloris peuvent être utiles pour certains projets particuliers.

  • L’apprêt en bombe Julien, que l’on trouve dans les magasins de bricolage. Celui qu’il m’est arrivé d’utiliser est d’une couleur brune qui était bien adaptée au projet auquel je l’ai destiné. Mais plus généralement, ce brun clair pourrait encore faire un couleur écran potable.

    Néanmoins, cet apprès m’a paru sortir en couches un peu plus épaisses que les précédents de la liste.

Et voici maintenant une liste de produits que je déconseille à l’usage des modélistes :

  • L’apprêt en bombe Citadel.

    L’apprêt blanc Citadel est beaucoup trop granuleux à mon goût et apporte une texture beaucoup trop marquée au support. De plus, il ne m’est pas apparu fantastique non plus en termes d’accroche au matériau : il ne résiste pas au test du grattage à l’ongle.

    Citadel propose également un apprêt noir qui m’apparaît bien meilleur que le blanc en termes de texture et d’accroche. Mais seulement voilà : il est noir.

  • L’apprêt en bombe Prince August.

    Peut être suis-je tombé sur un mauvais lot, mais j’ai eu une expérience catastrophique avec cet apprêt. Une expérience de type « bibendum », pour être précis.

    Par ailleurs, il présente une couleurs grise un peu trop foncée.

  • Le gesso

    Certains figurinistes, notamment faute de pouvoir utiliser des bombes d’apprêt en période hivernale, se sont tournés vers le gesso. Il s’agit d’un apprêt applicable au pinceau et originellement dédié à la peinture sur toile. On peut se le procurer dans les boutiques de fournitures de beaux arts.

    Des utilisateurs de gesso sur figurines ont vanté sur Internet ses grands mérites, notamment en termes de tendu après application. Il est vrai que le tendu peut être spectaculaire quand on considère qu’on en applique une couche relativement importante qui s’amincit en séchant. Mais il demeure que même après la cure d’amincissement que lui procure le séchage, la couche d’un gesso appliquée au pinceau reste considérablement plus épaisse qu’une couche qu’est capable de déposer un aérographe ou même une bombe aérosol correctement utilisée.

    Par ailleurs, le gesso est beaucoup trop granuleux, plus encore que l’apprêt blanc Citadel, et cela se ressentira sur les détails. Il est même tellement rapeux que je le soupçonne à la longue de pouvoir accélérer l’usure de nos pinceaux fins et délicats (généralement plutôt prévus pour des peintures aquarelles, même si on les utilise avec d’autres types de peintures sur les figurines). De fait, prévu pour une utilisation sur toile, le gesso est autant un enduit qu’un apprêt.

    Enfin, le gesso que j’ai testé (de marque Pébéo) ne résiste pas au test du grattage à l’ongle.

A noter enfin : certains peintres utilisent de la peinture enamel Humbrol en guise d’apprêt. Cette peinture à une accroche suffisamment bonne et présente une surface mate de qualité qui en fait un apprêt qui en vaut bien d’autres. D’ailleurs, la référence Humbrol n°1 est désignée comme un apprêt (gris clair) plutôt que comme une peinture. Elle peut s’appliquer au pinceau comme à l’aérographe et résiste dans les deux cas au test de grattage à l’ongle.


  1. Un aspect terne et désaturé peu légitimement être recherché sur certains sujets, pour véhiculer certaines émotions. Mais il y a de meilleurs moyens d’y parvenir que l’emploi d’un apprêt, notamment et évidemment en utilisant des peintures présentant des tons désaturés. Il est important d’avoir en tête que la figurine ou la maquette n’étant pas elle-même une source de lumière, la synthèse des couleurs qui s’opère sur elle est soustractive et non pas additive. Cela revient à dire que des couches successives de teintes peuvent retirer de la luminosité à la figurine, mais jamais en ajouter.

Tests


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