Peintures pour couche maigre

La couche maigre est une couche de peinture appliquée en préalable à une couche grasse (généralement de peinture à l’huile). Elle est destinée à procurer un fond coloré uni sur lequel il sera possible d’utiliser des couleurs non parfaitement couvrantes sans que cela se traduise par des traces de pinceaux disgracieuses.

Introduction à la notion de couche maigre

Le terme « couche maigre » est issu du lexique des artistes peintres à l’huile sur toile. Originellement, une couche maigre était réalisée elle aussi avec de la peinture à l’huile, mais après qu’elle ait éventuellement été débarassée d’une partie de son huile et diluée avec les diluants moins gras, comme de l’essence de térébenthine1. Ainsi traitée, cette peinture à l’huile était moins grasse, donc plus « maigre ».

Il existe une règle dite du « gras sur maigre ». On peut, selon les taux d’huile qu’elles incorporent et les diluants utilisés au moment de leur application, classer les peintures à l’huile de la plus maigre à la plus grasse. La règle du gras sur maigre stipule que l’on peut appliquer une couche plus grasse de peinture sur une couche maigre, mais pas une couche maigre sur une couche plus grasse. On superposera donc les couches de la plus maigre à la plus grasse.

La raison en est qu’une couche grasse mettra plus longtemps à « sécher »2 qu’une couche maigre. Or la peinture a tendance à se tendre en se solidifiant. Donc, si on applique une couche maigre sur une couche grasse, la couche superficielle aura fini de se tendre avant la couche sous-jacente. Mais la première couche continuera néanmoins lentement mais surement à se tendre et à se solidifier. Ce faisant, elle exercera sur la seconde couche, déjà solide, une traction qui risquera de la faire craqueler.

Depuis l’apparition de peintures autres que les peintures à l’huile, les termes « gras » et « maigre » ne sont plus tout à fait adéquats. Par abus de langage et par tradition, on continue dans le monde des artistes peintres à qualifier une peinture de « plus maigre » qu’une autre si elle sèche plus vite. On entendra par exemple souvent dire que la peinture acrylique est plus maigre que la peinture à l’huile, ce qui est vrai dans la mesure où elle ne contient pas d’huile du tout, mais en devient du coup hors de propos.

Dans le cadre de la peinture de figurines ou de maquettes, le terme de couche maigre n’est pas très utilisé. La première raison en est que bien des peintres de figurines n’utilisent pas de peintures à l’huile, mais plutôt des acryliques, parfois des peintures enamel, plus rarement des peintures cellulosiques.

Pour le modéliste utilisant des peintures à l’huile, tous ces types de peintures peuvent être considérés comme plus maigres que la peinture à l’huile.

Il pourraient également être classés par ordre de « maigreur » entre eux, en substituant à cette notion celle de temps de séchage. Dans cette perspective, on obtient, de la plus « maigre » à la plus « grasse » :

  1. Les peintures cellulosiques.
  2. Les peintures acryliques.
  3. Les peintures enamel.

Mais ceci n’a que peut d’intérêt en pratique, ces peintures ayant des temps de séchage suffisamment courts pour que l’on puisse attendre que la peinture soit complètement tendue avant de passer la couche suivante (même si ceci demande un peu plus de patience pour les peintures enamel que pour les peintures cellulosiques et acryliques).

Quand on utilise différents types de peintures d’autres règles de superposition prennent le pas sur celle du gras sur maigre. Ces règles sont basées sur les interactions chimiques entre les peintures et les diluants.

Le fait est par exemple que les diluants cellulosiques sont particulièrement agressifs et risquent d’attaquer des peintures enamel ou acryliques même sèches. On prendrait donc des risques en appliquant des couches de peintures cellulosiques par dessus des couches de peintures d’autres types.

Une discussion plus complète de ces règles de superposition dépasse le cadre de cet article et fera prochainement l’objet d’un article technique à part entière.

Ce que l’on peut retenir pour ce qui est de fournir une couche maigre pour préparer une peinture du sujet à l’huile, c’est que toutes les peintures évoquées sont de toutes façons plus maigres que la peinture à l’huile. Elles peuvent donc toutes être utilisées à cette fin, aucune d’elle n’étant disqualifiée par le fait d’être trop grasse.

C’est donc sur d’autres qualités qu’elles se départageront.

Les qualités recherchées pour une bonne couche maigre

Les qualités recherchées dans une couche maigre sont, par ordre décroissant d’importance :

La mateté (essentiel)
La mateté est le contraire de la brillance. Un couche maigre mate permettra à la couche grasse de bien accrocher ; là où une couche brillante risquerait de laisser la peinture à l’huile glisser.
L’accroche (important à essentiel)

S’il est essentiel que la couche maigre soit mate pour permettre à la couche grasse d’accrocher, il ne l’est évidemment pas moins que la couche maigre elle-même accroche bien au support. Ce qui est finalement vrai pour toute peinture l’est également pour une peinture utilisée en couche maigre.

Ce critère est d’autant plus important que le sujet est appelé à être manipulé et transporté. Il est ainsi plus important pour un figuriniste de jeu que pour un figuriniste de collection. Il est également plus important pour des figurines ou des maquettes qui seront fréquemment transportées de salons en expositions que pour des sujet destinés à trôner éternellement à la même place dans une vitrine.

Pour tester l’accroche des différentes peintures, j’ai effectué un test de grattage à l’ongle après les avoir appliquées à l’aérographe et / ou au pinceau sur un même tube en PVC que j’ai préalablement apprété avec de l’apprêt en bombe de marque Julien (trouvable en magasins de bricolage). Au vu de certains résultats étonnants qui seront commentés plus bas et qui laissent planer le doute quant à de possibles problèmes de compatibilité entre certaines peintures et cet apprêt, j’envisage de prochainement reconduire toute une nouvelle batterie de tests qui pourront motiver une révision des informations apportées par le présent article.

La finesse (important à essentiel)

La couche maigre n’est qu’un préalable à la couche grasse qui va suivre. Cela signifie que le sujet va nécessairement recevoir des épaisseurs de peintures supplémentaires. Il est donc d’une certaine importance que le sujet ne soit pas empaté dès l’étape de la couche maigre.

Cette importance pourra être variable d’un sujet à l’autre, en fonction de la finesse de la gravure et du moulage et de la nature des détails représentés. Une figurine représentant un blob gélatineux sera plus tolérante à l’épaisseur que celle d’une princesse elfique avec une gravure allant jusqu’à représenter des détails en dentelle sur sa tenue.

L’uniformité (appréciable)

La couche maigre a pour utilité principale de fournir un fond coloré suffisamment uniforme pour éviter d’obtenir des traces de pinceaux disgracieuses lorsque l’on appliquera des teintes qui ne sont pas parfaitement couvrantes en couche grasse.

Une peinture plus couvrante donnera plus vite un fond plus uniforme. Mais la couvrance n’est pas une condition sine qua none de l’uniformité recherchée. On pourra également obtenir un fond coloré uniforme en appliquant uniformément une peinture semi-transparente sur un fond neutre (apprêt) lui-même uniforme. L’uniformité de cette application pourra être aidée par l’utilisation d’un aérographe, d’un diluant facilitant le bon étalage de la peinture, ou d’une peinture ayant la propriété de bien se tendre (par exemple en ne séchant pas trop vite).

Ceci dit, il n’est pas absolument nécessaire que la couche maigre soit impécablement uniforme. En gardant en mémoire qu’il y aura au moins une couche (grasse) supplémentaire pour finir d’uniformiser le tout, on peut éventuellement se contenter d’une surface qui ne serait qu’à peu près uniforme au stade de la couche maigre.

Il est évidemment toujours mieux d’avoir une surface la plus uniforme possible dès la couche maigre. Mais si on tombe sur une peinture avec laquelle on a vraiment du mal à l’obtenir, on peut s’épargner la tâche fastidieuse de multiplier les couches croisées jusqu’à obtenir le fond parfait.

D’une manière générale, on évitera de mettre plus de deux couches de peinture maigre pour éviter d’avoir trop d’épaisseur avant même d’attaquer la couche grasse. Le critère de finesse évoqué plus haut a une importance relative supérieure à celui de l’uniformité.

Comparatif

Suit un comparatif de diverses références de peintures que j’ai testées du point de vues de leurs qualités à fournir une bonne couche maigre.

Ce comparatif peut être considéré comme incomplet et continuera à être enrichi au fur et à mesure que je testerai d’autres références de peintures.

Cinq niveaux d’appréciation ont été retenus pour représenter les différentes qualités observées. Ces niveaux sont, du moins bon au meilleur : nul, médiocre, correct, bon, excellent. Des modélistes différents peuvent avoir des exigences différentes (éventuellement ré-évaluées en fonction du prix des différents produits disponibles à l’achat). Mais d’une manière générale, une peinture présentant un niveau nul ou médiocre dans une des qualités recherchées posera probablement quelques problèmes à la plupart de ses utilisateurs mêmes les moins exigeants.

Gamme Type Dilution Application Mateté Accroche Finesse Uniformité Notes
Andrea Acrylique Alcool 70° (~ 50 %) Pinceau Excellente Médiocre Correcte Correcte
Andrea Acrylique Alcool 70° (~ 50 %) Aérographe Excellente Nulle Correcte Excellente Bouchage fréquent de la buse.
Tamiya (références mates) Acrylique X20-A (isopropanol) (~ 50 %) Pinceau Bonne Bonne Médiocre Nulle Très inconfortables au pinceau.
Tamiya (références mates) Acrylique X20-A (isopropanol( (~ 50 %) Aérographe Bonne Nulle Bonne Excellente
Tamiya (références mates) Acrylique Diluant cellulosique Tamiya (~ 50 %) Aérographe Bonne Nulle(*) Bonne Excellente Doutes sur la validité du test.
Humbrol (références mates) Enamel Essence F (~ 50 %) Aérographe Excellente Bonne Correcte Excellente Séchage 24 heures.
Humbrol (références mates) Enamel Essence F (~ 50 %) Pinceau Excellente Bonne Correcte Bonne Séchage 24 heures.
Mr Color Cellulosique Diluant « levelling thinner » (~ 50 %) Aérographe Bonne Nulle(*) Excellente Excellente Doutes sur la validité du test.
Mr Color Cellulosique Diluant « levelling thinner » (~ 50 %) Pinceau Bonne Nulle(*) Excellente Bonne Doutes sur la validité du test.
Mr Color GX Cellulosique Diluant « levelling thinner » (~ 50 %) Aérographe Bonne Correcte(*) Excellente Excellente Doutes sur la validité du test.
Mr Color GX Cellulosique Diluant « levelling thinner » (~ 50 %) Pinceau Bonne Correcte(*) Excellente Bonne Doutes sur la validité du test.

(*) : Ces résultats sont douteux compte tenu du fait que l’on peut lire de nombreux avis qui leurs sont contraires sur Internet. Ils ont pour point commun de tous impliquer l’utilisation de diluant cellulosique. Il est possible que le support utilisé pour réaliser ces tests, notamment la sous-couche, présente des soucis de compatibilité avec ces produits. De nouveaux tests seront prochainements conduits pour confirmer ou corriger ces résultats.

Commentaires

Acryliques conventionnelles

Les peintures acryliques souffrent comme toujours de leur gros point faible en matière d’accroche. L’accroche étant le deuxième critère le plus important, cela tend à les mettre en mauvaise position dans ce classement.

Si elles ne présentent de ce fait que peu d’intérêt à mes yeux, je dois néanmoins souligner qu’elles sont quand même assez largement utilisées par des peintres à l’huile de figurines de collection dans mon entourage. Les peintures acryliques ont pour elles leur grande disponibilité en boutiques, la simplicité d’utilisation d’une peinture à l’eau et leur rapidité de séchage qui permet de ne pas trop avoir à attendre avant de « passer aux choses sérieuses », c’est à dire de passer à la peinture à l’huile. Il est vrai également que pour des figurines de collection qui ne sont pas appelées à être autant manipulées que des figurines de jeu, le critère de l’accroche n’est pas aussi important.

L’accroche des acryliques qui n’est déjà pas terrible quand on les applique au pinceau devient rapidement désastreuse quand on passe à l’aérographe. Aucune des peintures acryliques que j’ai testées, y compris des acryliques solvantées comme celles de la marque Tamiya, n’a passé le test d’un grattage à l’ongle quand je les ai appliquées à l’aérographe. Au pinceau, certaines le passent, d’autres non.

Pour ce qui est de la mateté de la texture, on obtient des résultats divers avec diverses gammes et marques. Il est vrai qu’il existe une grande variété de résines acryliques différentes pouvant entrer dans la composition de ces peintures en leur conférant des propriétés physiques et chimiques légèrement différentes. Les peintures de la marque Citadel, très répendues chez les figurinistes de jeu, sont par exemple connues pour tirer vers le satiné plutôt que le mat complet. Par ailleurs, les différents diluants que l’on peut utiliser avec ces peintures (eau du robinet, eau distillée, alcool éthylique, alcool isopropylique …) peuvent également influencer le rendu final.

Parmi celles que j’ai testées, j’ai noté une bonne mateté des peintures Andrea quand on les dilue avec de l’alcool éthylique3.

Acryliques solvantées (Tamiya)

Les acryliques Tamiya sont atypiques en ce qu’il s’agit d’acryliques solvantées. Elles ont la réputation d’être mal adaptées au travail au pinceau et donc plutôt réservées à l’aérographe, réputation qui n’est pas démentie par mes tests.

Elles sont prévues pour être utilisées « par défaut » avec le diluant X20-A de la marque, qui n’est en fait autre que de l’isopropanol (ou alcool isopropilique) à 95 %. Mais il est également possible de les employer avec du diluant cellulosique, également commercialisé par Tamiya.

Une des surprises de ces tests est l’absence de différence que j’ai constaté en utilisant l’un ou l’autre des diluants. J’avais lues des informations contradictoires à ce sujet sur différents sites, certains indiquant un séchage accéléré avec le diluant cellulosique et d’autre au contraire un séchage ralenti. Mais tous faisaient état d’une meilleure fluidité et surtout d’une meilleure accroche. Pour ma part, au test du grattage à l’ongle, j’ai constaté une accroche au moins aussi désastreuse avec le diluant cellulosique qu’avec l’isopropanol.

Ce résultat est tellement étonnant et contradictoire avec tout ce que j’ai pu lire qu’il s’agit d’un test que je compte reconduire prochainement (en période estivale) pour en avoir le cœur net.

Appliquées au pinceau, ces peintures présentent une accroche et une résistance bien meilleures que leurs contreparties non solvantées. Malheureusement, en termes de confort d’utilisation, ces peintures sont juste atroces à appliquer au pinceau. Elles semblent catégoriquement refuser de s’étaler correctement sur la surface à peindre, laissant des traces de pinceau et une couche de peinture on ne peut moins uniforme. Si l’uniformité du fond obtenu n’a pas besoin d’être totalement parfait s’agissant d’une couche maigre, il y a tout de même une limite à ce qui est acceptable et ces peintures peinent à l’atteindre.

Peintures enamel (Humbrol)

Long temps de séchage et affinités avec la peinture à l’huile

Les peintures enamel se distinguent des autres par un temps de séchage considérablement plus long. Cette caractéristique est probablement pour quelque chose dans le fait qu’elles aient été suplantées par les acryliques dans le domaine du modélisme qu’elles ont pourtant dominé à une époque.

Mais cette caractéristique présente également certains avantages. L’un d’eux est de permettre « d’effacer » un coup de pinceau malheureux ou un débordement. Il est en effet possible de passer sur le débordement avec un pinceau propre chargé d’essence pour rediluer la peinture à même le support pour l’évacuer ou l’absorber avec un bout de chiffon.

Une autre caractéristique de cette peintures est d’être compatible avec divers types d’essence qui, utilisées comme diluants, permettront de légèrement moduler la mateté du rendu. On obtiendra un rendu parfaitement mat avec de l’essence F, un peu plus satiné avec du white spirit et encore un peu plus satiné avec de l’essence de térébenthine.

Pour une couche maigre, on préfèrera donc une dilution à l’essence F. Mais si le sujet présente des zones sur lesquelles le peintre ne souhaite pas appliquer de couche grasse, on pourra mettre à profit cette caractéristique. On pourra ainsi, lors d’une même séance et sans changer de type de peinture, effectuer des couches maigres à l’essence F et des couches finales elles aussi à l’essence F, ou au white spirit ou à l’essence de térébenthine suivant la texture désirée.

Mateté impeccable

Pour ce qui est des peintures enamel de la marque Humbrol, les seules que j’ai essayées, je dois dire que je suis sidéré par la mateté des référence mates. Ceci d’autant plus que je ne le suis pas moins par la brillance des références brillantes. La même gamme est ainsi capable de fournir tout à la fois les peintures les plus mates et les peintures les plus brillantes.

Ceci est d’autant plus étonnant que les peintures enamel ont initialement été appréciées, aussi bien par l’industrie automobile que par les modélistes, pour leur rendu brillant. D’ailleurs, « enamel » n’est autre que le terme anglais pour « émail », ce qui en dit long sur le type de rendu initialement recherché avec ces peintures. On aurait donc pu s’attendre à ce que toute peinture de ce type tende vers le brillant et que les références vendues comme mates aient en fait tendance à tirer vers le satiné. Mais il n’en est rien.

Cette versatilité est d’autant plus appréciable que ces excellents résultats, aussi bien pour la mateté que pour la brillance, s’obtiennent indépendamment de la texture de la couche sous-jacente, ce qui n’est par exemple pas le cas avec les peintures cellulosiques, comme nous allons le voir par la suite.

Bonne accroche

L’une des grandes qualités des peintures enamel est leur bonne accroche et leur grande résistance.

Même passées à l’aérographe, elles résistent à un grattage à l’ongle (ce qui n’est pas le cas de bien des références acryliques, même quand on les passe au pinceau). Il est à noté que lors de mes tests initiaux, c’est la seule des peintures à pouvoir se prévaloir de résister au test du grattage à l’ongle après avoir été appliquée à l’aérographe.

Absorption de l’huile ?

D’autres modélistes et peintres à l’huile dans mon entourage ou que j’ai pu lire sur des forum, qui n’ont pas cédé aux sirènes de la simplicité de l’acrylique, ont une préférence marquée pour une couche maigre à la peinture enamel. Ils ajoutent parfois qu’ils apprécient en particulier le fait que leurs couche maigre faite à la peinture Humbrol semble pouvoir « absorber » une partie de l’huile de la couche grasse.

Je suis pour ma part assez dubitatif face à ces affirmations. Je pense qu’il s’agit plutôt d’une sensation (illusoire) conférée par l’extrême mateté de cette peinture. Si l’huile devait effectivement être absorbée par la couche maigre, cela pourrait avoir des conséquences assez désastreuses par rapport à la fameuse règle du gras sur maigre.

Peintures cellulosiques

Ce n’est que tardivement que j’ai pu essayer les peintures cellulosiques, en dehors de peintures spécialisées dans le rendu des métaux (Alclad).

Les plus connues dans le monde du modélisme sont celles de la marque japonaise Mr Color ∕ Gunze Sagyo / GSI Creos. Mais, jusqu’à fin 2014 avec l’apparition d’une boutique en ligne d’origine polonaise, il était extrêmement difficile de s’en procurer en Europe. Aussi je ne suis encore pas complètement familiarisé avec ces peintures au moment où je tape ces mots.

Les peintures de ce type ont la réputation d’êtres les plus résistantes parmi celles disponibles pour le modélisme ou les beaux arts, reléguant même les peintures enamel en seconde position.

Mes tests personnels n’aboutissent pas aux mêmes conclusions. J’ai testé la gamme conventionnelle et la gamme GX.

Avec la gamme conventionnelle j’obtiens des résultats en fait assez similaires à ceux que j’ai obtenus avec la peinture Tamiya diluée au diluant cellulosique de la marque : une accroche très décevante et très en deça de ce j’ai pu lire ici et là. Si bien que comme pour la peinture Tamiya, je me pose des questions sur la validité de mes tests. Y a t’il un problème de compatibilité avec la sous-couche (de marque Julien) que j’ai appliquée sur le tube PVC qui m’a servi à faire ces tests ? S’agit-il d’un problème de saison ?

Avec la gamme GX, j’obtiens de bien meilleurs résultats, sans toutefois atteindre le niveau de résistance que j’ai obtenu avec la peinture enamel Humbrol.

Quoi qu’il en soit, si au vu de la littérature je m’interdis pour l’heure de conclure que les peintures cellulosiques ont une accroche globalement inférieure à celle des peintures enamel, je m’autorise néanmoins à conclure que la façon dont ces dernières accrochent au support est plus universelle que celle des peintures cellulosiques.

Une autre caractéristique des peintures cellulosiques est de laisser un film de peinture plus fin que les peintures acryliques ou enamel. Je ne suis pas en capacité de le vérifier moi-même, il faudrait pour cela des instruments de mesure sophistiqués dont je ne dispose pas. Mais à en croire un article en anglais sur le site Swanny’s Models, les peintures cellulosiques laissent typiquement un film six fois moins épais (0,5 mil4) que les peintures acryliques ou enamel (3 mils).

Si je ne suis pas en mesure de vérifier directement ces affirmations, j’ai pu observer un phénomène qui les corrobore. J’ai testé à la fois des références mates et brillantes de la gamme Mr Color et j’ai pu constater que le résultat final était assez dépendant de la texture de la couche sous-jacente. J’ai ainsi remarqué qu’une couche de peinture cellulosique n’était pas tout à fait aussi mate si elle est appliquée sur une sous-couche bien lisse que sur une sous-couche elle-même déjà mate. Et corrolairement, j’ai remarqué qu’une couche de peinture cellulosique brillante perdait beaucoup de son lustre si elle était appliquée sur une sous-couche mate.

J’hypothétise que ce phénomène est du à la faible épaisseur de la peinture, qui laisse s’exprimer la texture sous-jacente. Autrement dit, la peinture cellulosique ne laisse pas une couche suffisamment épaisse pour servir d’agent de texture.

Cette propriété pourra être appréciée ou non par différents modélistes. Le fait est que la gamme Gunze Sangyo propose également des apprêts (gamme Mr Surfacer) de différentes finesses de grain (500, 1000, 1500) pour travailler la texture de la surface avant sa mise en couleur.

Il s’agit peut être alors de tout un système à adopter dans son intégralité. Ne l’ayant pas profondément étudié au moment où je tape ces mots, j’ignore à quel point le jeu peut en valoir la chandelle face à des peintures enamel dont les références mates sont parfaitement mates en toutes circonstances et dont les références brillantes sont elles aussi parfaitement brillantes en toutes circonstances.

Verdict

Pour l’heure, la meilleure couche maigre qu’il m’ait été donné d’utiliser est la peinture Humbrol diluée à l’essence F.

Pour des surfaces importantes, je l’applique à l’aérographe. Pour des surfaces plus modestes, ou pour lesquelles il serait pénible de devoir masquer les surfaces adjacentes pour éviter déborder, j’utilise un pinceau.

Ce verdict devrait évidemment en principe attendre que soient levés les doutes concernant mes tests avec les diluants cellulosiques (Tamiya et Mr Color) avant d’être considéré comme définitif.

Mais, de fait, la peinture enamel a déjà un comportement vraiment satisfaisant en matière d’accroche, ce qui demeurerait même si de nouveaux tests devaient lui faire concéder la première place sur cet aspect. Au delà de ces problématiques d’accroche, la peinture enamel présente d’autres atouts spécifiques pour une bonne couche maigre.

Le fait est que les peintures enamel et les peintures à l’huile ont un certain cousinage dans la mesure où elles partagent les mêmes diluants. De ce fait, elles seraient même missibles entre elles, ce que je n’ai jamais essayé faute d’y voir un intérêt pratique.

Toujours est-il que ce cousinage peut entretenir une certaine familiarité d’emploi pour le peintre à l’huile qui ne souhaite pas spécialement diversifier sa pratique dans divers types de peintures radicalement différents les uns des autres. Il pourra utiliser les mêmes diluants et retrouvera la possibilité d’appliquer certaines pratiques habituelles pour un peintre à l’huile, comme la possibilité « d’effacer » un débordement avec un pinceau chargé d’essence. Il pourra également nettoyer ses pinceaux de la même façon, avec les mêmes diluants.

Bref, le peintre habitué à l’huile se trouvera plus en terrain familié avec les peintures enamel qu’avec tout autre type de peinture.


  1. L’essence de térébenthine est ici citée comme moins grasse que l’huile, sachant qu’à peu près n’importe quoi serait moins gras que de l’huile. Mais elle ne constitue pas le diluant le moins gras utilisable avec de la peinture à l’huile. Le white spirit, et plus encore l’essence F, contituent des diluants compatibles bien moins gras.

  2. Pour les peintures à l’huile, le terme de séchage, utilisé par abus de langage, est impropre. Le séchage d’une peinture désigne l’évaporation du diluant qui la rend liquide. Dans le cas de la peinture à l’huile, un tel diluant pourra être une essence (térébenthine, white spirit, essence F). Mais l’évaporation de ce diluant n’est pas la fin de l’histoire. Au contact de l’air, l’huile contenue dans la peinture va se solidifier par polymérisation. Cette opération s’appelle la siccativation et c’est pour cela que l’on parle d’huiles « siccatives » (lin, œillette, carthame, noix …) entrant dans la composition de la peinture. Pour les peintures à l’huile, on devrait donc utiliser le terme « siccativation » plutôt que « séchage ».

  3. A l’époque où je me servais de cette combinaison, on pouvait encore trouver dans les pharmacies françaises de l’alcool à 90°. On ne peut plus aujourd’hui y trouver que de l’alcool à 70° au plus. J’ignore dans quelle mesure cette différence de pureté pourrait affecter le résultat. Par ailleurs, je crois savoir que la gamme Andrea a entre temps été totalement renouvelée.

  4. Le mil est une unité anglo-saxone de mesure d’épaisseur qui représente un millième de pouce, soit 0,254 millimètres. Pour se faire une idée, un mil est approximativement l’épaisseur du cellophane qui enveloppe un paquet de cigarettes.

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