Confrontation : peintures enamel contre peintures cellulosiques

L’une des propriétés que je recherche dans des peintures, outre évidemment la qualité leur rendu, est leur résistance aux aléas qu’implique le transport et la manipulation de figurines de jeu.

La quête de cette propriété m’a poussé à aller voir plus loin que les peintures acryliques que l’immense majorité des figurinistes et des modélistes utilisent de nos jours. Ces peintures ont en effet dans ce domaine des états de service plutôt médiocres.

Dans cette optique, deux types de peintures sont assez vite entrés dans ma ligne de mire pour leur réputation en la matière. Ces peintures sont les peintures enamel et les peintures cellulosiques.

Un peu d’historique

Ces deux types de peintures ont connu leurs premières heures de gloire dans l’industrie automobile par laquelle elles ont été utilisées dès le milieu des années 1920. Elles y était tout particulièrement appréciées, outre pour leur résistance, pour la brillance de leur rendu qui faisait reluire les carrosseries.

Si les peintures cellulosiques ont été ainsi utilisées jusque dans les années 1960, elles ont progressivement été supplantées par les peintures enamel (qui seront elles-mêmes plus tard supplantées par les peintures uréthanes).

Les peintures enamel avaient effectivement dans ce domaine particulier la réputation d’offrir une plus grande résistance, une application en une ou deux couche plus facile que les couches successives de peintures cellulosiques requérant des ponçages intermédiaires et d’être basées sur une chimie globalement moins nocive pour la santé et pour l’environnement.

Fortes de ces qualités, les peintures enamel ont donc dès les années 1930 tout naturellement trouvé une autre application en tant que premières peintures utilisées pour un loisir alors naissant : le maquettisme. Il était en effet pratique, pour réaliser des modèles réalistes, de pouvoir utiliser des peintures semblables à celles employées par l’industrie qui les inspiraient.

Plus tard, dans les années 1960, un nouveau type de résines synthétiques utilisables en peinture fût formulé : les résines acryliques. Ces résines, trop fragiles, ne présentaient pas les qualités nécessaires pour être utilisées à grande échelle dans l’industrie automobile.

Mais la possibilité de formuler des peintures diluables à l’eau les rendait attrayantes pour les activités de loisir. Aussi ont-elles progressivement commencé à supplanter les peintures enamel dans les rayons de modélisme à partir des années 1980.

Dans le même temps, les peintures cellulosiques semblent avoir rencontré un certain succès auprès des modélistes japonais. Mais cela demeure en grande partie une particularité insulaire, car il est difficile de se procurer ces gammes de peintures dans le reste du monde, à l’exception de peintures dédiées aux rendus métallisés pour modélistes avertis, domaine dans lequel les peintures cellulosiques semblent inattaquables.

Principales marques

Peintures enamel :

  • Humbrol en Europe (marque originaire du Royaume Uni appartenant aujourd’hui au groupe Airfix).

  • Model Master au USA (marque appartenant au groupe Testors).

Peintures cellulosiques :

  • Gamme Mr Color de la marque japonaise Gunze Sangyo (parfois également présentée sous le nom GSI Creos).

    Cette gamme ne doit pas être confondue avec la gamme Mr Hobby du même fabriquant, beaucoup plus facile à se procurer en Europe, mais composée de peintures acryliques.

    A vrai dire, les peintures de la gamme Mr Color seraient en fait des acryliques cellulosiques, c’est à dire des peintures cellulosiques intégrant un part de résines acryliques pour les assouplir.

  • Gaia Notes, autre marque japonaise dont les peintures seraient quant à elles de pures cellulosiques.

    Introuvables en Europe.

  • Alclad, marque originaire du Royaume Uni spécialisée dans les rendus métallisés les plus réalistes possibles.

    Ces peintures sont de pures cellulosiques et ne sont utilisables qu’à l’aérographe.

Avant d’aller plus loin et de passer au comparatif lui-même, je dois préciser que dans l’état actuel de cet article :

  • Les seules peintures enamel que j’ai eu le loisir de tester sont celles de la marque Humbrol.

    Je les utilise fréquemment dans ma pratique du modélisme, aussi bien à l’aérographe qu’au pinceau.

  • Les peintures cellulosiques que j’ai le plus utilisées sont des peintures Alclad, que j’utilise elles aussi fréquemment à l’aérographe seulement (comme il se doit pour cette gamme).

    Néanmoins, leur cible particulière – les rendus métallisés exclusivement – les rend impropres à une comparaison globale avec les peintures enamel.

  • J’ai donc, après moult difficultés, finalement réussi à mettre la main sur un petit lot de peintures de la gamme Mr Color de Gunze Sangyo, qui est plus complète et donc plus directement concurrente de la gamme de peintures enamel Humbrol.

    Ceci dit, ce ne sont pas des peintures que j’utilise régulièrement dans ma pratique du modélisme. Je ne les ai en fait guère utilisées que pour réaliser les tests que je publie sur ce site.

    Le lecteur en recherche d’informations comparatives définitives devra donc envisager la possibilité que mon manque d’expertise avec ces peintures puisse affecter les résultats que j’ai obtenus.

Comparaison

Critère Peintures enamel Peintures cellulosiques
Toxicité Déjà pas terrible. Carrément atroce.
Temps de séchage Long : s’exprime en heures. Court : s’exprime en minutes, voire en secondes.
Résistance Très bonne et polyvalente. Potentiellement excellente, mais moins polyvalente.
Finesse Dans la moyenne. Jusqu’à six fois plus fine.
Rendu brillant Excellent. Correct mais dépendant de la surface sous-jacente.
Rendu mat Excellent, étonnement. Bon. Dépendra peut être aussi de la texture sous-jacente.
Disponibilité Facile à se procurer. Difficile à se procurer en Europe, voire presque impossible pour certaines gammes japonaises.
Coût des peintures Peintures dans la fourchette basse des prix habituellement pratiqués. Peintures dans la fourchette haute des prix habituellement pratiqués.
Coût des diluants Diluants abordables. Diluants trois à dix fois plus chers.
Toxicité

Ces deux types des peintures utilisent avec des diluants, qui sont nécessairement plus nocifs que l’eau. Ceci constitue l’un des principaux arguments de vente des peintures acryliques, notamment s’agissant de loisirs susceptibles d’être pratiqués par des enfants.

Pour nous autres adultes, il y a néanmoins des degrés à considérer dans cette nocivité.

Les peintures enamel se diluent avec des diluants à base d’essences hydrocarbures. Du plus sec au plus gras on peut utiliser de l’essence F, du white spirit ou de l’essence de térébenthine.

Les marques qui produisent les peintures proposent également leurs diluants maison. Mais des conversations rapportées avec des responsables de chez Humbrol indiquent que ces diluants doivent se soumettre à certaines contraintes de composition pour pouvoir légalement prétendre figurer dans les rayons loisir et modélisme. La réduction en composés aromatiques qui en résulte les rendraient plutôt moins performants que les essences standards.

Quoi qu’il en soit, ces essences ne sont évidemment pas idéales à respirer.

De leur côté, les peintures cellulosiques s’utilisent des diluants … cellulosiques.

Les liants cellulosiques des peintures du même nom incluent de la nitrocellulose, une résine obtenue par nitration du coton ou d’autres matériaux à base de cellulose. Un diluant cellulosique est un diluant capable de dissoudre ces composés.

Il existe en réalité une grande variété de formulations pour ces diluants. On peut donc obtenir des résultats assez différents entre les diluants des différentes marques de peintures (Gunze Sangyo avec ou sans retardateur, diluant Tamiya à bouchon jaune …) et les diluants cellulosiques génériques trouvables en droguerie.

Il peuvent également significativement varier en agressivité et en nocivité. Mais ils ont généralement en commun de largement surpasser en nocivité les essences utilisables avec les peintures enamel.

Temps de séchage

C’est bien simple, parmi tous les types de peintures vendues spécifiquement pour le modélisme, les peintures enamel ont le temps de séchage le plus long et les peintures cellulosiques le temps de séchage le plus court.

Le temps de séchage des peintures enamel peut varier selon la dilution. Mais il s’exprime en heures pour un séchage à l’air libre.

Ce temps de séchage, jugé trop long par les modélistes pressés, est probablement en partie la cause du déclin qu’ont connu ces peintures au profit des acryliques à partir des années 1980.

Il est possible de l’accélérer en passant le sujet au four, en évitant évidemment des températures susceptibles de le faire fondre (60°C à 70°C sont des températures sûres pour la plupart des plastiques). Le temps de séchage peut alors s’exprimer en heure (au singulier) plutôt qu’en heures (au pluriel).

Le temps de séchage des peintures cellulosiques s’exprime quant à lui au plus long en minutes, et parfois même en secondes.

Le problème qui peut se poser avec ces peintures n’est pas de raccourcir leur temps de séchage mais au contraire de l’allonger. C’est pourquoi certaines marques, par exemple Gunze Sangyo, commercialisent des retardateurs. Ces derniers peuvent être soit disponibles séparément, soit incorporés au diluant lui-même.

Le problème d’un séchage trop rapide peut tout particulièrement se poser quand on emploie un aérographe. Une peinture trop prompte à sécher pourra tendre à boucher la buse de l’aérographe au cours de la séance de peinture.

Résistance

La résistance du résultat est le critère principal qui m’a poussé à aller voir plus loin que les acryliques aujourd’hui dominantes sur le marché des peintures de modélisme. Comparativement à ces dernières, aussi bien les peintures enamel que les peintures cellulosiques jouent dans une catégorie très largement supérieure en matière de résistance.

Ne disposant pas d’équipement particulier pour faire des mesures précises de résistance à diverses contraintes mécaniques, je ne peux guère avancer d’arguments certains et définitifs en la matière.

A défaut, mes recherches menées sur la toile m’ont données divers aperçus des réputations de ces peintures, mais avec des conclusions variables selon les sources :

  • Dans le domaine du modélisme lui-même, les peintures cellulosiques, face à l’archi-dominance des peintures acryliques, sont encore plus exotiques que les peintures enamel (sauf peut être au Japon, où elles semblent plus répandues et d’où sont originaires les principales marques à les proposer : Gunze Sangyo et Gaia). Aussi, il est possible que leurs rares utilisateurs aient le sentiment de faire partie d’une forme d’élite et aient tendance à exagérer leurs mérites, pour se convaincre eux-mêmes de la pertinence de leur utilisation, malgré les contraintes qui l’accompagnent.

    Toujours est-il que ces utilisateurs ne tarissent pas d’éloges pour vanter leur caractère « indestructible ».

  • Dans le domaine de l’automobile, les peintures enamel semblent au contraire avoir la réputation d’être plus résistantes que les peintures cellulosiques.

  • Sur un forum de constructeurs amateurs de fusées, j’ai eu une réponse qui pourrait faire la synthèse de ces apparentes contradictions : une fois sèches, les peintures cellulosiques constitueraient effectivement un film plus dur que les peintures enamel. Mais ce film étant moins élastique, certaines contraintes qui ne feraient qu’érafler les peintures enamel tendraient à écailler les peintures cellulosiques par plaques de surfaces plus importantes.

    Ceci fait écho à ce que j’ai lu ailleurs : beaucoup des peintures cellulosiques que l’on trouverait actuellement ne seraient pas de « pures » cellulosiques mais des « acryliques cellulosiques », c’est à dire des peintures cellulosiques incorporant également des résines acryliques pour les assouplir un peu. Ce serait notamment le cas des peintures Mr Color de Gunze Sangyo (les peintures estampillées « Mr Hobby » étant quant à elles complètement des acryliques).

    En revanche, les peintures Alclad dont je me sers pour les rendus métallisés seraient de « vraies » cellulosiques et j’ai effectivement constaté que quand elles partent, c’est plutôt par grosses écailles que par petites égratignures.

Le seul test que j’ai pu réaliser personnellement est celui d’un grattage à l’ongle. Cette contrainte mécanique n’est peut être pas suffisante pour les départager. Elle permet néanmoins de les départager clairement des peintures acryliques non solvantées.

Ce que j’ai par contre noté, c’est que la résistance des peintures enamel s’exprimait d’une façon plus universelle que celle des peintures cellulosiques. Mes différents tests conduits avec des peintures enamel de marque Humbrol ont en effet tous conclu à une excellente résistance, quel que soit le support, quelle que soit la sous-couche utilisée et que la peinture soit appliquée au pinceau où à l’aérographe.

J’ai en revanche obtenu des résultats beaucoup plus variables avec des peintures cellulosiques de marque Gunze Sangyo. En particulier, les résultats de mes tout premiers tests, effectués sur un tube PVC apprêté avec une sous-couche en bombe de marque Julien, se sont avérés catastrophiques. Passée à l’aérographe, non seulement la peinture cellulosique pouvait très facilement se gratter à l’ongle, mais elle pouvait également être retirée avec la pulpe du doigt.

Passée au pinceau, le grattage faisait partir non seulement la peinture, mais également la sous-couche.

Ayant obtenus des résultats similaires avec des peintures acryliques Tamiya diluées avec le diluant cellulosique prévu à cet effet1, ma théorie à ce sujet est que le diluant cellulosique a attaqué la sous-couche au point de la faire se décoller du support.

Je peux donc conclure que si les deux peintures on une excellente réputation en matière de résistance, j’ai eu avec les peintures cellulosiques des problèmes qui ne se sont jamais posés avec les peintures enamel.

Au delà de cela, j’ignore si, utilisées avec un système de produits testés et compatibles, les peintures cellulosiques pourraient se révéler plus résistantes encore que les peintures enamel. Mais le fait est que même si c’était le cas, je ne pourrais probablement pas mesurer dans quelle mesure. Les peintures enamel sont déjà suffisamment résistantes pour passer le test du grattage à l’ongle et les tests plus agressifs que je pourrais mener seraient susceptibles de menacer l’intégrité même des figurines et des maquettes auxquelles ces peintures sont destinées.

Finesse du film de peinture

Certains lecteurs pourront se dire que pour avoir déjà vu de la peinture Humbrol, celle-ci leur était apparu plutôt épaisse, donc « moins fine ». Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici.

Cette peinture doit en principe être diluée avant d’être utilisée. Les sauvages habitués à appliquer les peintures directement sorties de leurs pots, souvent des utilisateurs de peintures acryliques Citadel, et qui ont essayé de procéder de même avec de la peinture enamel ont effectivement du déchanter. Cela pourrait expliquer quelques horreurs dont les photographies traînent sur Internet et quelques commentaires manifestement peu informés sur ces peintures.

Les peintures pour artistes vendues en tubes prennent la forme d’une pâtes encore plus épaisses, ce qui n’empêche pas qu’elles soient qualifiées de « fines » ou « extra fines ». Cette qualification fait dans ce cas là référence à la finesse de mouture des pigments en poudre incorporés dans ces peintures. Mais cette autre notion de finesse n’est encore pas celle dont il est ici question.

La finesse dont il est ici question est celle du voile de peinture qui sera typiquement laissé sur le support, de préférence après une application par pulvérisation compétente à l’aérographe, le pinceau et la main de l’Homme impliquant forcément plus d’hétérogénéité.

Je ne dispose pas d’instrument de mesure me permettant d’apprécier l’épaisseur d’une couche de peinture déposée. Mais là encore, des recherches sur la toile permette de se faire, sinon des certitudes, au moins une idée. Le manifestement bien informé Swanny apporte notamment quelques indications à ce sujet dans un article traitant des peintures cellulosiques Alclad.

On peut y lire qu’alors que des peintures acryliques ou enamel laissent typiquement un film de 3 mils2, les peintures cellulosiques ne laissent quant à elles que 0,5 mil, soit une épaisseur six fois moindre.

Cette faible épaisseur peut à la fois être une force et une faiblesse pour ces peintures :

  • Une force évidemment quand il s’agit de ne pas empâter les détails de gravure des figurines et des maquettes.

  • Une faiblesse quand une épaisseur légèrement supérieure permet parfois de masquer quelques micro-imperfections (du genre qui ne se révèlent précisément qu’après l’application d’une (trop ?) fine couche de peinture).

Une peinture cellulosique requiert une attention (six fois) plus poussée à la qualité de la texture de la surface peinte qu’une peinture enamel (ou acrylique). C’est probablement la raison pour laquelle la marque Gunze Sangyo, principal fournisseur de peintures cellulosiques dans le monde du modélisme, propose également tout un assortiment de sous-couches avec des finesses de grains différentes (la gamme Mr Surfacer disponible en grains de 500, 1000, 1200 ou 1500).

Selon les habitudes et les tendances des différents modélistes, cet aspect du travail de la surface pourra être vécu comme une partie intégrante et passionnante du hobby ou au contraire comme une contrainte rébarbative, une entrave de plus avant de pouvoir – enfin – passer à la mise en couleurs. Tout est ici question de dispositions personnelles et ces dernières pourront complètement légitimement inciter à préférer un type de peinture ou l’autre.

Il demeure en outre que cet aspect pourra être perçu très différemment par un maquettiste recherchant l’exactitude du détail (y compris dans les textures de surface) et un figurisniste qui trouve son plaisir dans le fait de peindre en trompe l’œil ce qui n’est pas nécessairement représenté à même le support.

Rendu brillant

Si les peintures enamel et cellulosiques ont été les unes comme les autres initialement utilisées dans l’industrie automobile, c’est en grande partie du fait de leurs rendus brillants forts appréciés dans ce domaine.

En pratique, lors des tests que j’ai menés, j’ai toujours obtenus les meilleurs rendus brillants avec les peintures enamel.

La qualité du brillant obtenu avec les peintures cellulosiques que j’ai essayées dépendait très largement de la texture sous-jacente. Il était moins prononcé sur une sous-couche mate que sur une sous-couche plus lisse et elle-même brillante ou satinée.

Sans pouvoir la vérifier par des mesures objectives, j’ai là aussi une théorie déduite de ce qui a été vu plus tôt au sujet d’une part du temps de séchage et d’autre part de la finesse des voiles de peintures.

Ce qui distingue une surface brillantes d’une surface mate et le fait d’être le plus parfaitement lisse possible et d’être dépourvue d’aspérités microscopiques. Une peinture sera d’autant brillante que :

  • Elle pourra venir boucher les éventuelles aspérités microscopiques de la surface sur laquelle elle est appliquée.

  • Elle pourra, durant son séchage, se tendre pour présenter elle même une surface la plus lisse possible.

La peinture enamel semble logiquement pourvu d’avantages sur la peinture cellulosique sur chacun de ces deux aspects :

  • Comme la peinture enamel se dépose en films (six fois) plus épais que la peinture cellulosique, elle est (six fois) plus susceptible de boucher les aspérités microscopiques de la surface sur laquelle elle est appliquée.

    Quand bien même une peinture cellulosique parviendrait à se tendre parfaitement, sa très fine couche aura tendance à épouser les reliefs de la surface et donc à perpétuer leurs effets matifiants.

  • Comme la peinture enamel mais longtemps à sécher, elle a tout le temps qu’il pourrait lui falloir pour bien se tendre.

Rendu mat

S’agissant de peintures initialement sélectionnées par l’industrie automobile pour la qualité de leur rendu brillant, on aurai pu craindre que les références présentées comme mates aient en fait tendance à tendre vers le satiné. En pratique, il n’en est rien.

Je suis tout particulièrement époustouflé par ce paradoxe concernant les peintures enamel. Ces peintures tirent précisément leur nom du rendu brillant auxquelles elles sont traditionnellement associées. En effet, « enamel » est le mot anglais pour « émail ».

Je devrais donc parler de peintures émail, mais j’ai justement préféré conserver le terme enamel pour éviter d’induire de la confusion chez mes lecteurs francophone par rapport au fait que j’emploie très majoritairement les références mates de ces peintures. Car le fait est que si je n’ai pas trouvé meilleur brillant que les références Humbrol brillantes, il n’est pas moins vrai que je n’ai pas trouvé meilleure mateté que les références mates de cette même marque. C’est même l’un des principaux points qui font à mes yeux de cette peinture la couche maigre idéale en préparation d’une peinture à l’huile.

Pour ce qui est des peintures cellulosiques, j’ai également obtenus de très bon résultats avec des références mates appliquées sur des sous-couches mates.

Je n’ai en revanche à ce jour pas encore pris le temps de vérifier à quel point leur application sur des sous-couche moins mates pourrait altérer la mateté finale du résultat. Le fait est que hors cas très particuliers (comme l’utilisation des peintures Alclad), une sous-couche a par nature même vocation à être mate plutôt que brillante, car une peinture accrochera mieux sur une telle surface « anti-dérapante » que sur une surface brillante sur laquelle elle risque de glisser.

Disponibilité

Pour ce qui est de l’Europe occidentale avec ses normes plus strictes en matière de respect de l’environnement que celles du reste du monde, les peintures cellulosiques sont assez difficiles à se procurer en dehors de références métallisés comme les gammes Alclad et Mr Super Metallic.

Avide de les essayer, j’ai longtemps désespéré de pouvoir m’en procurer sans risquer de voir mon éventuel paquet commandé hors de l’union européenne intercepté par les douanes. Jusqu’à ce que je tombe sur un site polonais qui les propose.

En contraste, les peintures enamel, notamment celle de la marque Humbrol, sont encore assez bien implantées dans les boutiques européennes (aussi bien les boutiques physiques qu’en lignes). Même dans une ville relativement modeste comme Bourg en Bresse, il a été possible de se les procurer sans discontinuité depuis au moins les années 1980 chez un revendeur local.

Coût de revient

Quel que soit leur type, acrylique comme enamel comme cellulosique, le coût des peintures vendues pour le modélisme est exorbitant quand on prend le temps de le calculer au litre3. Seul le fait que les conditionnements soient minuscules rend les tarifs abordables en apparence.

Les peintures enamel les plus courantes (encore et toujours la marque Humbrol) sont vendues entre 1,5 et 2 € pour un pot de 14 ml, soit aux environs de 140 € le litre. Les peintures cellulosiques Gunze Sangyo sont vendues aux alentours de 3 € pour un pot de 10 ml, soit 300 € le litre. A titre de comparaison, les acryliques Citadel peuvent se vendre jusqu’à 3,20 € le pot de 12 ml, soit 267 € le litre.

Les peintures cellulosiques reviennent donc environs deux fois plus cher que les peintures enamel. On peut dire qu’elles sont vendues dans la fourchette haute des prix pratiqués dans les gammes de peintures de modélisme alors que les peintures enamel sont plutôt dans la fourchette basse.

Ce rapport défavorable aux peintures cellulosiques sera encore amplifié par le fait qu’elles tendent à être plus diluées dans leur conditionnement.

Pour les utilisateurs d’aérographes, un autre coût est à prendre en compte : celui des diluants. En effet, si la peinture au pinceau utilise juste les quantités nécessaires de diluants, qui sont assez minimes, les aérographes en consomment des quantités beaucoup plus importantes lors des opérations de nettoyage.

Les peintures enamel peuvent se diluer avec des diluants spécialisés commercialisés par les marques des peintures, ou avec des essences de pétroles génériques comme l’essence F, le white spirit ou de l’essence de térébenthine pour les citer de la plus sèche à la plus grasse. Mais comme indiqué plus haut, les essences génériques seraient préférables aux diluants spécialisés.

On ne se privera pas donc, d’utiliser de l’essence F que l’on trouve en droguerie aux alentours des 3 € le litre.

Pour ce qui est des diluants cellulosiques, ceux des marques de peintures atteignent les 35 € le litre. Les diluants cellulosiques génériques trouvables en droguerie restent quant à eux aux alentours de 10 € le litre, tout de même.

Il apparaît que derrière le terme « diluant cellulosique » se cachent des formulations extrêmement diverses. D’après ce que j’ai lu, les diluants génériques tendent à être plutôt plus agressifs que les diluants de marque ; mais là encore je ne suis pas en mesure de vérifier formellement ces affirmations.

Toujours est-il que les tarifs des diluants cellulosiques aussi bien génériques que propriétaires enfoncent le clou en faveur de la peinture enamel.


  1. Pour ceux qui en douteraient, non je ne me suis pas fourvoyé. A côté de son traditionnel diluant X20-A (à base d’isopropanol), la marque Tamiya commercialise également un diluant cellulosique qu’elle indique comme pouvant être utilisé avec ses peintures acryliques pour modifier leurs propriétés.

  2. Le mil (millième de pouce) est une unité de mesure anglo-saxonne pour les épaisseurs. Un millième de pouce équivaut à 0,0254 mm (soit environ 25 microns). Les 3 mils des couches de peintures acryliques ou enamel représentent donc 0,0762 mm (soit environ 76 microns) et le demi mil des couches de peintures cellulosique équivaut quant à lui à 0,0127 mm (soit environ 12 microns).

  3. Et encore un coût au litre ne permet-il pas de se faire une représentation fidèle de ce que l’on paie vraiment pour les matières premières. Certaines des peintures sont en effets plus ou moins prédiluées. Et à volume égal, plus on a de diluant, moins on a de pigment et de liant.

Tests


Confrontations