Produits dégraissants

Le présent article est laissé en ligne pour archive. Mais il n’a plus d’utilité pratique dans la mesure où après avoir été révisée, la méthode de nettoyage proposée sur ce site ne fait plus usage d’aucun produit particulier, mais de simple liquide vaisselle mélangé à de l’eau chaude.

Si toutefois vous décidé d’accorder une quelconque importance à cet article, ne manquez pas de prendre connaissance de addendum qui figure à sa toute fin.


La totalité des pièces constituant nos figurines et nos maquettes, qu’elles soient composées de métal, de résine ou de plastique, sont obtenues par la technologie du moulage. Ceci perdurera encore un moment, jusqu’à ce qu’éventuellement les imprimantes 3D se démocratisent au point de devenir une solution plus économique.

Dans l’attente de cette hypothétique révolution, il nous faut composer avec les conséquences du moulage. L’une d’elles est que les moules utilisés doivent être lubrifiés avec des corps gras pour permettre le démoulage des pièces.

Une fois la pièce démoulée, des résidus de ce lubrifiant la recouvrent. Ceci est problématique car la fonction de ce produit est précisément d’empécher l’adhérence sur la pièce et cela fonctionnera aussi contre les peintures dont nous voudront la recouvrir.

Comme ce ne sont que des résidus de lubrifiant, la peinture n’ira pas jusqu’à refuser de s’appliquer sur la surface et le novice pensera que tout va bien. Mais le résultat obtenu sera globalement fragilisé et la peinture plus prompte à s’écailler en cas de choc.

Produits testés

Il est donc vivement conseillé de nettoyer et dégraisser les pièces avant de les assembler et de les peindre. A cette fin, j’ai testé divers produits dégraissants :

  • L’alcool éthylique : alcool ménager à 95° que l’on trouve en droguerie aux alentours de 4 € le litre.

  • L’alcool isopropylique : le diluant Tamiya X20-A en est constitué à 95 %. On le trouve en magasin de modélisme aux alentours de 30 € le litre en conditionnement de 250 ml (ou aux environs de 170 € le litre par petits pots de 23 ml).

  • L’essence F : une essence de pétrole également utilisée comme diluant pour les peintures enamel et les peintures à l’huile pour certaines techniques comme les lavis. On la trouve en droguerie aux alentours de 4 € le litre.

  • Du substitut de trichloréthylène : quelques modélistes des anciens temps semblaient ne jurer que par le « trichlo » (comme ils l’appelaient affectueusement), mais ce produit ne semble pas avoir survécu aux nouvelles législations européennes en matière de protection de l’environnement. Un substitut est toutefois trouvable en droguerie aux alentours de 6 € le litre.

On notera d’emblée qu’en termes de tarifs, l’alcool isopropylique se distingue très nettement et d’une manière qui lui est défavorable.

Je n’ai pas poussé les tests jusqu’à utiliser des dégraissants pour moteurs automobiles. Tout d’abord, il en existe plusieurs marques et j’ignore tout de leurs éventuelles différences de formulalions. Me faudrait-il toutes les tester ?

Ces dégraissants sont le plus souvent conditionnés en bombes aérosols et sont commercialisés en boutiques de fournitures automobiles en général à des tarifs variant entre 15 € et 30 € « le litre ». Ces tarifs ne sont pas attractifs, même en comparaison de l’alcool isopropylique quand on considère qu’un litre en bombe aérosol n’est en rien comparable à un litre de liquide vendu en bouteille ou en bidon.

J’ignore également leurs effets possibles sur les plastiques ou les résines utilisés pour nos figurines et maquettes. Tout ceci fait que je n’avais pas envie de me lancer là dedans « juste » pour dégraisser des figurines : si cette étape est trop souvent négligée, il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse et déployer des moyens inconsidérés en temps, en argent et en « prise de tête » pour la réaliser (les bombes aérosols sont assez contraignantes à utiliser).

Il existe également, en magasins de bricolage, de nombreux dégraissants pour outillage. Là encore, les formulations, les conditionnements et les tarifs sont divers et variés.

L’outillage auquel ils sont destinés étant par nature moins délicats que nos chères miniatures, la question se pose également de savoir quels résidus ils pourraient laisser après avoir éliminé ceux de lubrifiants. De ce point de vue, les quatre produits que j’ai testés sont connus pour être des plus volatiles et sont donc peu susceptibles de poser ce genre de problèmes.

Si toutefois l’un de mes adorés lecteurs avait mis la main, parmi ces différentes gammes de produits, sur le dégraissant ultime auquel il ne voit que des avantages, je lui serait extrêmement reconnaissant de m’en faire part.

Protocole de test

Il n’est pas évident pour un particulier sans équipement spécial de tester le pouvoir dégraissant d’un produit. Cette difficulté est particulièrement bien illustrée par le fait que bien des modélistes novices omettent tout simplement de dégraisser leurs pièces avant de les peindre, cela sans observer d’effet manifeste à court terme (et même à plus long terme, difficile d’attribuer catégoriquement la cause d’un décrochage de la peinture au seul défaut de dégraissage du support).

De plus, la tâche est rendue encore plus difficile par le fait que les résidus de lubrifiants sur nos pièces ne sont pas visibles à l’œil nu.

J’ai effectué mes tests sur une pièce en métal : un sceptre de sorcier du chaos de marque Citadel prévu pour le jeu Warhammer. Je l’ai badigeonnée d’huile d’œillette, une huile utilisée par les peintres à l’huile et qui est un corps gras en valant d’autres pour tester un pouvoir dégraissant.

Afin de rendre ce badigeon plus visible, j’ai incorporé dans cette l’huile de la poudre de graphite. Voici deux photographies témoins de la pièce sans et avec badigeon :

Photographie Etat de la pièce
Témoin non badigeonné Etat original non badigeonné.
Témoin badigeonné Pièce badigeonnée.

Entre chacun des tests réalisés, la pièce a été rebadigeonnée pour maintenir des conditions de test identiques.

J’ai réalisés deux tests pour chacun des produits :

  • Un test de dégraissage passif consistant à simplement plonger la pièce dans le produit et de l’y laisser immobile pendant 60 secondes (chronomètre en main).

  • Un test de dégraissage actif consistant à plonger de nouveau la pièce (après l’avoir rechargée en badigeon) dans le produit pendant 60 secondes en la remuant comme on remuerait une cuillère dans une tasse de thé.

Cela constitue donc un total de huit tests (deux tests pour chacun des quatre produits testés). Suite à chacun de ces tests, j’ai pris une photographie en gros plan de la pièce afin, d’une part, de pouvoir mieux juger d’effets potentiellement difficiles à voir à l’œil nu et, d’autre part, de pouvoir vous en livrer les résultats de façon plus convaincante sur ce site.

Résultats

Tests de dégraissage passif

Produit testé Photographie
Alcool éthylique Test passif — alcool éthylique
Alcool isopropylique Test passif — alcool isopropylique
Essence F Test passif — essence F
Substitut de trichloréthylène Test passif — substitut trichlo

Sur le test passif, l’essence F se distingue très nettement des autres produits. La pièce ressort considérablement plus propre et on constate un précipité dans le flacon.

Les autres produits se comportent sensiblement de la même façon : le badigeon reste globalement intact. Cela ne signifie pas que ces produits sont sans effet et que la mention « dégraissant » sur leurs emballages est mensongère. C’est juste que 60 secondes de bain passif se révèlent insuffisantes pour que leurs effets soient visibles.

Il demeure que la performance de l’essence F est assez remarquable. Lorsque j’ai réalisé ce test, cela a été manifeste dès les premières secondes : à peine avais-je plongé la pièce dans le flacon que déjà un petit précipité commençait à se former.

Tests de dégraissage actif

Produit testé Photographie
Alcool éthylique Test actif — alcool éthylique
Alcool isopropylique Test actif — alcool isopropylique
Essence F Test actif — essence F
Substitut de trichloréthylène Test actif — substitut trichlo

Comme l’on pouvait s’y attendre, avec chacun des produits, la pièce ressort beaucoup plus propre à l’issue du test actif qu’à l’issue du test passif. Ce test produit un effet visible avec chacun des produits, même ceux pour lesquels le test passif n’avait rien donné de manifeste.

Les différences d’état de propreté de la pièce a l’issue de ces tests étant subtiles, il est difficile d’en conclure de réelles différences de performances des produits eux-mêmes. Ces tests, réalisés à la main et au jugé visuel, ne sont en effet pas d’une précision de laboratoire.

La tendance la plus prononcée qui se dégage de ce test est que l’alcool éthylique semble faire plutôt moins bien que les autres produits testés.

De leur son côté, l’essence F (à nouveau) et le substitut de trichloréthylène1 semblent peut être un petit peu mieux se comporter que les autres produits. Mais aucunement d’une façon aussi remarquable que lors du test passif.

Il vaut dans ce cas mieux être honnête, reconnaître ses limites de moyens et s’abstenir de toute conclusion plutôt que de vouloir conclure à tout prix sur la base d’observations douteuses faute de mieux.

A titre d’information, voici des photographies des flacons de produits à l’issue des tests. On note des différences de comportement des résidus d’huile d’œillette et de graphite d’un flacon à l’autre.

Produit Photographie du flacon à l’issue des tests
Alcool éthylique Etat après tests — alcool éthylique
Alcool isopropylique Etat après tests — alcool isopropylique
Essence F Etat après tests — essence F
Substitut de trichloréthylène Etat après tests — substitut trichlo
  • Dans l’alcool éthylique et dans l’essence F se forme un précipité qui plonge tout droit au fond du flacon.

  • Dans l’alcool isopropylique se forment des bulles qui restent en suspension.

  • Dans le substitut de trichloréthylène se forme une pellicule qui flotte à la surface.

Toutes choses étant égales par ailleurs, le fait que les résidus coulent au fond du récipient me parait être la situation préférable pour deux raisons :

  • Cela évitera de faire traverser à la pièce, au moment où on la sort du récipient, des péllicules de graisse stagnant en suspension ou à la surface du liquide et qui risquerait alors de se redéposer.

  • Après le nettoyage de nombreuses pièces, si après repos tous les résidus s’accumulent au fond du récipient, on pourra alors plus facilement récupérer la partie supérieure du produit pour d’autres usages et ainsi réaliser des économies.

Ceci constituerait donc plutôt un nouveau bon point pour l’essence F, ainsi que pour l’alcool éthylique. Seulement, il n’est pas garanti que tous les lubrifiants utilisés par les fabriquants de figurines et de maquettes se comportent exactement comme l’huile d’œillette et le graphite …

Conclusions

Les tests conduits ont volontairement eu une action limitée (60 secondes chrono) afin de pouvoir observer des différences visibles sans devoir recourir à des appareils de mesure précis dont je ne dispose pas.

Mais chacun de ces produits se comporterait probablement façon convenable en situation réelle, c’est à dire sous forme de bains prolongés de plusieurs heures en remuant de temps en temps. Dans tous les cas, l’utilisation de n’importe lequel d’entre eux sera toujours préférable au fait de ne pas dégraisser les pièces du tout, comme s’en contentent finalement bien des modélistes par ignorance ou par négligeance.

La rigueur scientifique voudrait que l’on écarte tout a priori quand on conduit de tels tests, et je me suis efforcé de procéder de la façon la plus constante possible (notamment en ce qui concerne la vitesse de rotation de la pièce lors des tests de dégraissage actif). Cependant, je dois confesser que je m’attendais a priori à de meilleures performances de la part du substitut de trichloréthylène, tant j’ai vu son ancêtre encensé sur certains anciens articles ou dans certaines anciennes interventions sur des forum de modélisme. Mais peut être que le substitut n’est pas à la hauteur de l’original.

En fin de comptes, c’est l’essence F qui se démarque le plus favorablement.

Ceci me convient finalement assez bien, car pour l’utiliser également comme diluant pour les peintures enamel et à l’huile, j’en ai toujours à disposition. Cela m’évite donc d’avoir à acheter un produit supplémentaire à seule fin de dégraisser mes pièces. De plus, aux environs de 4 € le litre, ce n’est pas un produit qui engloutira des budgets inconsidérés.

Addendum

Après la rédaction du présent article, je me suis aperçu qu’un bain vraiment prolongé (de plusieurs heures) dans l’essence F, certains plastiques se ramolissent.

Il reprennent ensuite le dureté originelle en séchant, mais ils peuvent entre temps subir des déformations, surtout s’agissant de pièces longues et fines.


  1. Sur la photographie, l’angle de la pièce par rapport à l’éclairage donne un avantage visuel au substitut de trichloréthylène. Mais en réalité il ne se démarque pas particulièrement.

Tests


Confrontations